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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 06:43

Bilan d’une décennie de règne du Hamas à Gaza : des officiels passés et présents du mouvement appellent à une introspection

 

Par C. Jacob*

Après une décennie de pouvoir du Hamas à Gaza, des critiques internes de la part d’officiels du mouvement, passés et présents, se font entendre. Elles sont émises dans un contexte d’isolement régional du Hamas, d’économie chancelante, de déclin de la sécurité et de la suppression de la liberté d’expression. Le Hamas est également accusé d’avoir contribué au schisme interpalestinien, entravant ainsi tout progrès – politique, diplomatique, économique et social – dans l’arène palestinienne.

Les détracteurs s’expriment sur des sites web, dont certains affiliés au mouvement, et sur des comptes de réseaux sociaux privés. Parmi les plus proéminents, le responsable du Hamas Ghazi Hamad, qui a appelé à une introspection, à la réévaluation des relations avec le Fatah et à la formulation d’une stratégie nationale pour favoriser une avancée dans le processus de paix avec Israël. Ou encore le membre du Hamas Ahmad Youssouf, qui proteste contre la suppression par le mouvement des voix dissidentes et de la liberté d’expression, qui freine le traitement en profondeur des problèmes rencontrés par le mouvement.

Zaher Kuhail et Khadar Mahjaz, anciens membres du Hamas, réputés pour leur attitude critique à son égard, ont également fait part de leur mécontentement devant ses réalisations et ses politiques. Le premier a même exprimé le regret d’en avoir fait partie et appelé les Palestiniens de Cisjordanie à empêcher toute possibilité de prise du pouvoir du mouvement dans cette zone.

Si les désapprobations au sein du Hamas ne sont pas un phénomène nouveau, les critiques actuelles semblent se distinguer par leur virulence et leur étendue, mais également par l’aval général qu’elles suscitent, y compris de la part de personnalités connues comme étant proches du mouvement.

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 06:39

Un Syrien résidant aux États-Unis : le discours d’Assad sur une société homogène en Syrie révèle un nouveau type d’hitlérisme

 

Dans son discours d’ouverture d’une conférence tenue au ministère syrien des Affaires étrangères, discours prononcé le 20 août 2017, le président syrien Bachar Al-Assad a évoqué la situation nationale et exposé les principes de sa politique sur diverses questions. Assad a déclaré que si la société syrienne avait payé un prix élevé durant sept années de crise, elle était devenue plus homogène et unifiée à l’échelle nationale. Il a affirmé : « Il est vrai que nous avons perdu les meilleurs de nos jeunes et notre infrastructure qui nous a coûté beaucoup d’argent et de labeur sur plusieurs générations. Mais en retour, nous avons gagné une société plus saine et plus homogène – au sens littéral : ce ne sont pas là juste de belles paroles prononcées du bout des lèvres. Cette homogénéité est la base de la cohésion nationale – une homogénéité des croyances, de l’idéologie, des traditions, des coutumes, des conceptions et des opinions, malgré leur diversité et leurs multiples facettes. Homogénéité ne signifie pas identité totale, mais complémentarité entre les unes et les autres, complémentarité qui crée une teinte nationale unique. Cette teinte est la base d’une unité nationale fédératrice de tous les membres d’une même patrie.» [1]

Le président Assa prononçant son discours du 20 août sur l’homogénéité de la société syrienne (photo : sana.sy, 20 août 2017)

Les déclarations d’Assad sur l’homogénéité de la société syrienne ont suscité mépris et fureur au sein de l’opposition et de la diaspora syrienne. L’universitaire Najib George Awad, un Syrien résidant aux États-Unis, a publié un article mordant dans le quotidien qatarien basé à Londres Al-Arabi Al-Jadid, dans lequel il compare les remarques d’Assad sur la société syrienne devenue homogène à l’idéologie nazie, et avertit de la naissance d’un nouvel hitlérisme, face à un monde qui ne réagit pas aux propos du président syrien. Il a également exprimé sa crainte d’une tendance mondiale chez les dirigeants, y compris aux États-Unis, à promouvoir l’homogénéité sociale dans leurs pays. Il s’est demandé comment Assad pouvait qualifier la société syrienne, profondément divisée après sept ans de guerre civile, d’homogène. Extraits :

Le dirigeant de Damas [Assad] a récemment prononcé un discours de victoire dans lequel il a annoncé à ses partisans crédules qu’il était victorieux et avait mené à bien son plan progressif et ingénieux, celui qu’il avait rêvé de réaliser pour créer une nouvelle Syrie que le monde n’avait encore jamais connue. [Assad], ou celui qui lui a écrit ce discours de victoire, a admis que la Syrie avait perdu ses meilleurs jeunes hommes, mais s’est hâté de rassurer les malheureux moutons naïfs assis en face de lui qui l’applaudissaient avec enthousiasme, en disant que la perte des meilleurs jeunes hommes était le prix à payer pour créer une nouvelle « société homogène » syrienne.

Dans les années 1930, lorsque le parti nazi a pris le pouvoir en Allemagne, le dirigeant du nouveau régime nazi, Adolf Hitler, a énoncé dans plusieurs discours ses idées philosophiques sur le sens de « la nation [allemande] » et l’idée du « peuple pur »… Hitler parlait de la nécessité de purger la société allemande des classes sociales qui ne contribuaient pas à la création d’une « société homogène » et d’une nouvelle Allemagne. Hitler a diffusé ce discours dans toute l’Allemagne nazie et éliminé quiconque n’était pas d’accord avec lui ou s’opposait à lui. Au bout du compte, non seulement il a déclenché une guerre mondiale qui a coûté la vie à des millions de gens dans toute l’Europe, mais a également commis l’un des pires crimes de l’histoire humaine [en utilisant] des crématoires pour purger la race et la société… et a littéralement brûlé des centaines de milliers de Juifs et d’autres minorités non aryennes.

Aujourd’hui, l’histoire assiste à la naissance d’un nouveau [genre] d’hitlérisme moderne, car le monde n’est plus choqué de voir un tyran assassiner la moitié de la nation syrienne, la détruire, l’exiler, la condamner à un destin obscur et ramener son pays à l’âge antérieur à [l’avènement de la civilisation] et de la société humaine [moderne]. [Assad] a perpétré les crimes les plus abominables… sur le sol syrien pendant sept ans, tout en recourant à maintes reprises à un discours repu d’idées nazies que nous croyions éteintes.

Quelle « société homogène » revendiquons-nous dans un pays désormais dénué de tout collectif humain ou sociétal qui réponde à un seul critère nécessaire pour former une société ?… En termes de composantes humaines, cette société a non seulement perdu ses réseaux d’entraide, le lien social entre ses [divers] couches et groupes, en raison du discours de haine, de suspicion, de division, d’hostilité et de la guerre sanglante… mais elle a également perdu une grande partie de son infrastructure humaine avec la mort d’un million de citoyens syriens, le déplacement de 12 millions d’entre eux, déracinés de leur pays et de leurs maisons, et la destruction de l’infrastructure d’un tiers des villes syriennes… L’État a perdu sa souveraineté, est occupé par plus de cinq armées étrangères et, en pratique, est gouverné directement par des dirigeants russes et iraniens. La nation syrienne a perdu toute [forme] de souveraineté, d’honneur et [d’existence en tant que groupe] unifié et organisé…

De quelle « société homogène » parlons-nous face à une réalité tragique et destructrice qui ne permet l’existence d’aucun type d’homogénéité ? De quelle « société homogène » [parlons-nous] lorsque les conditions de maintien d’une société ne sont plus réunies ? La Syrie n’est pas une société, mais un collectif de survivants, et les Syriens restés [dans la patrie ne sont mus] par aucun type de sentiment, conscience ou moralité, sociale et collective… La Syrie est désormais composée de petites enclaves ou groupes composés de gens différents, d’un ancien collectif humain désormais divisé, fragmenté et dissonant, dont le seul souci est d’éviter la mort et la guerre et de survivre de quelque manière que ce soit, même au prix de la capitulation et du mutisme…

Je n’ai été ni surpris ni choqué d’entendre il y a quelques jours le dirigeant syrien présenter ses idées terrifiantes dans un discours marquant la victoire de la Syrie et la défaite de son peuple. Car [Assad] nous a déjà montré il y a sept ans, sans l’ombre d’un doute, que ce que nous avons dit au monde à son sujet est vrai, et il l’a prouvé à plusieurs reprises en paroles et en actions. Ce qui a éveillé en moi une grande peur, un immense chagrin et la nausée, c’est qu’il a ouvertement créé un modèle hitlérien sous le nez de tous les milieux idéologiques et décisionnaires mondiaux, sans que personne ne sourcille ni ne relève [le contenu de] ses déclarations.

Je trouve profondément alarmant de vivre dans un monde aussi nihiliste, terrifiant, extrémiste et fou qu’est le monde moderne. La tyrannie et les crimes racistes soient devenus si banals que personne ne les remarque, et cela me terrifie… Nous vivons aujourd’hui dans un monde où les décisionnaires et les personnes d’influence rêvent non seulement de former une « société homogène », mais de créer un monde hitlérien homogène. Dans ce contexte mondial qui donne un nouveau souffle à l’hitlérisme et le diffuse dans le monde entier, les paroles de Bachar Al-Assad ne sont qu’un fragment d’une image plus large, plus glauque et plus criminelle, où l’humanité se meurt [et qui s’étend du] Palais Al-Muhajirin [le palais présidentiel à Damas] à la Maison Blanche. [2]

Le même numéro d’Al-Arabi Al-Jadid contenait une caricature légendée « Le discours nazi d’Assad », dans laquelle le président syrien, soutenu par des armes russes et iraniennes formant le salut nazi, affirme : « Nous avons perdu les meilleurs de nos jeunes et notre infrastructure, mais nous avons gagné une société plus saine et plus homogène. » [3]

Notes :

[1] Sana.sy, August 20, 2017.

[2] Al-Arabi Al-Jadid (Londres), le 23 août 2017.

[3] Al-Arabi Al-Jadid (Londres), le 23 août 2017.

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 06:32

Laxisme ou traitrise - L’accord sur le nucléaire n’exige pas d’inspections véritables des sites nucléaires iraniens par l’AIEA

Par Yigal Carmon et A. Savyon*

Introduction

Récemment, des officiels et commentateurs occidentaux qui soutiennent le JCPOA ont commencé à aborder deux questions liées au JCPOA, dont ils reconnaissent eux-mêmes qu’il pose des problèmes qu’il convient de traiter. Toutefois, ces questions – le développement par l’Iran de missiles balistiques de longue portée et la clause d’extinction (qui fait référence à la levée, d’ici huit à 10 ans, des restrictions imposées à l’Iran exposées dans l’accord) – ne font pas partie du JCPOA (celle des missiles) ou bien en sont très éloignées, comme la clause d’extinction, et n’ont par conséquent pas besoin d’être traitées immédiatement. Aussi, en soulevant ces deux questions, ils détournent l’attention du problème essentiel de l’accord, qui requiert une attention immédiate : l’absence d’inspection véritable. Ce problème a ressurgi récemment, lorsqu’il a été rapporté que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait choisi de ne pas inspecter des sites en Iran, à la suite d’informations faisant état de possibles violations [de la part de l’Iran].[1]

Il convient de préciser que lorsque l’Iran, l’AIEA et les dirigeants des Etats signataires du JCPOA répètent qu’il comporte une possibilité d’inspection solide et intrusive, sans précédent, ils perpétuent la description mensongère de l’article du JCPOA concernant l’inspection. Ceci du fait que les inspections n’interviennent que sur les sites que l’Iran accepte de soumettre à l’inspection, à savoir les sites que l’Iran lui-même a déclarés comme étant des sites nucléaires, mais pas sur les autres sites, dont les sites militaires. L’administration Obama et les pays signataires du JCPOA ont conçu celui-ci d’une manière permettant d’une part de prétendre qu’une inspection solide était appliquée, tout en permettant à l’Iran d’échapper à l’inspection de tous les autres sites.

Des inspections sur les autres sites ne peuvent être menées qu’au terme de négociations politiques au sein de la Commission conjointe du JCPOA – dont font partie les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Russie, la Chine, l’AIEA et l’Iran – et seulement après un délai de 30 jours depuis la soumission des informations confidentielles ayant donné lieu à la demande d’inspection, et une fois que les sources de ces informations ont été pleinement révélées à l’Iran, la Russie et la Chine. Dans de telles conditions, il n’existe aucune possibilité d’inspection réelle et efficace de l’activité nucléaire de l’Iran (voir MEMRI Inquiry and Analysis No. 1325,Discussion Of Iranian Violations Of JCPOA Is Futile; The Inspection Procedure Designed By The Obama Administration Precludes Actual Inspection And Proof Of Violations, 18 août 2017).

En dépit de ce qui précède, le secrétaire général de l’AIEA Yukiya Amano a affirmé, les 31 août et 11 septembre 2017, que l’AIEA était libre de mener des inspections sur tout site, nucléaire ou militaire, si nécessaire.[2] Amano a appuyé sa déclaration non sur des clauses du JCPOA – qui n’autorise pas de telles inspections – mais sur le Protocole additionnel, qui autorise l’inspection des sites militaires. Mais l’acceptation par l’Iran du Protocole additionnel était d’ordre volontaire, ce qui signifie qu’il peut en sortir à tout moment sans que cela soit considéré comme une violation du JCPOA.

Les officiels iraniens, de leur côté, soutiennent qu’Amano a “inventé” cet argument faisant valoir un tel droit, et réitèrent la position du régime iranien selon laquelle il n’autorise pas la présence des inspecteurs de l’AIEA sur les sites militaires (voir MEMRI Special Dispatch No. 7098, Iranian Regime Officials: We Will Not Allow IAEA To Enter Iranian Military Sites; ‘The Claim Of Such A Right Is Fabricated By [IAEA Director] Amano Himself,’ 19 septembre 2017).

Par conséquent, la déclaration d’Amano selon laquelle l’AIEA a le droit d’inspecter les sites militaires de l’Iran ne peut être mise à l’épreuve que si une tentative est faite pour l’actualiser. Toutefois, lorsque des informations exigeant une inspection de l’AIEA ont été présentées à Amano, il s’est abstenu de le faire, afin de ne pas affronter l’Iran et de ne pas révéler qu’il avait accepté une procédure qui lui liait les mains.

L’administration Obama a transformé l’AIEA en organe non professionnel agissant comme un organe politique

Les remarques suivantes montrent comment l’administration Obama a transformé l’AIEA en organe politique et non professionnel :

  • L’administration Obama et les signataires du JCPOA ont créé un cadre d’inspection unique pour l’Iran qui court-circuite le Protocole additionnel, lequel autorise l’inspection des sites militaires, et qui a été accepté sur une base volontaire et unilatérale par l’Iran, ce qui signifie que l’Iran peut s’en retirer sans pour autant violer le JCPOA.
  • L’administration Obama et les signataires JCPOA ont créé le forum politique suprême de l’AIEA – la Commission conjointe du JCPOA – dont la compétence outrepasse celle de l’AIEA. Cela avec l’accord du directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, qui a renoncé à son statut sous la pression du président Obama.
  • Le directeur général Amano a accepté la clôture du dossier des PMD (Dimensions militaires éventuelles) du programme nucléaire de l’Iran par une décision politique prédéterminée. Cela a été fait en raison de la menace de l’Iran de ne pas accepter le JCPOA. Il a accepté un arrangement d’inspection spécial pour l’Iran, la Feuille de route – et il a aussi accepté d’effectuer une visite symbolique sur le site militaire de Parchin, une procédure d’inspection totalement dénuée de crédibilité. Ainsi, par exemple, les inspecteurs de l’AIEA n’ont pas visité Parchin en personne, et les échantillons prélevés sur ces sites l’ont été par les Iraniens eux-mêmes, puis transmis aux inspecteurs de l’AIEA sans aucun moyen de garantir que les échantillons prélevés étaient ceux qui ont été transmis à l’AIEA. Le représentant de l’Iran à l’AIEA, Reza Najafi, a déclaré dans une interview à l’agence de presse ISNA le 21 septembre 2015 : “Je conteste l’information de Reuters selon laquelle les échantillons de Parchin ont été prélevés en présence des inspecteurs de l’AIEA. Nous avons nous-mêmes prélevé les échantillons. C’est pour nous une ligne rouge : aucun inspecteur n’est autorisé à pénétrer sur un site militaire pour y mener une inspection. La visite d’Amano et de son adjoint était strictement une visite de protocole. Ils n’avaient aucun équipement, pas même un téléphone cellulaire, leur visite n’a pas duré plus de quelques minutes et elle était destinée uniquement à leur permettre de voir qu’il n’y a rien de suspect et que les arguments concernant [Parchin] étaient totalement erronés ».[3]
  • Yukiya Amano s’est soumis au refus de l’Iran d’autoriser l’interrogatoire de ses scientifiques nucléaires. Il a accepté la demande iranienne de ne pas mentionner le terme “PMD” dans le rapport de l’AIEA. Il convient de mentionner que malgré toutes ces obstructions à l’enquête sur les PMD, le rapport de l’AIEA a confirmé qu’il y avait bien une activité nucléaire suspecte en Iran, mais sans relever que le régime iranien était responsable de cette activité, avec l’accord d’Amano. Pour un examen plus approfondi et une analyse de l’enquête scandaleuse de l’AIEA sur les PMD, voir les informations supplémentaires de MEMRI sur le sujet.[4]
  • Selon un rapport du coordinateur du Département d’Etat de l’administration Obama sur l’Iran, Stephen Mull, la compétence de l’AIEA à contrôler le stock iranien de 8,5 tonnes d’uranium enrichi, qui a été transporté hors d’Iran en décembre 2015, conformément au JCPOA, a été retirée à l’AIEA par les Etats-Unis et confiée à la Russie, avec l’accord des signataires du JCPOA et de l’AIEA elle-même. Cela a été fait sans même décider où la Russie devait stocker ce carburant nucléaire, et sans vérification par les Etats-Unis de ce point. De fait, comme l’a déclaré Mull lors d’une audition de la Commission des Affaires étrangères au Congrès, le 11 février 2016, “Il n’a pas encore été décidé où exactement la Russie mettra cette information [sic]. »[5] Il a aussi déclaré que “Nous n’avons pas de problèmes avec le fait que la Russie garde ces matériaux”.[6] Amano lui-même a accepté que la surveillance de l’uranium enrichi soit soustraite à sa responsabilité.
  • L’AIEA a accepté une procédure scandaleuse pour traiter l’eau lourde iranienne. Les parties au JCPOA, avec l’accord de l’AIEA, ont transformé l’Iran en exportateur d’eau lourde sans le soumettre au système de contrôle des exportations auquel les autres exportateurs, comme le Canada et l’Inde, sont soumis. Selon les pratiques de vérification standards de l’AIEA, les modifications du stock d’eau lourde sont constatées non pas lorsque l’eau lourde est retirée du territoire du pays exportateur, mais seulement lorsqu’elle arrive dans le pays destinataire, qui l’a achetée. L’Iran a été exempté de cette règle. Par sa décision de stocker l’eau lourde excédentaire de l’Iran à Oman et d’accepter un rôle de surveillance limité au retrait de l’eau lourde du territoire iranien, et en la soustrayant par la suite au quota d’eau lourde autorisé à l’Iran, comme si cette eau lourde avait déjà été vendue et était parvenue à destination, l’AIEA a violé ses propres règles, appliquées à tous les autres pays. Il convient également de souligner que l’acceptation par Amano de la localisation d’Oman – satellite politique de l’Iran auprès duquel ce dernier n’aura aucun mal à récupérer son eau lourde à tout moment – comme lieu de stockage de l’eau lourde iranienne, était motivée politiquement par la volonté de se soumettre à la demande de l’Iran. L’AIEA ne rend pas compte de ces violations systématiques en cours.[7]L’administration Trump n’aborde pas non plus cette question, et affirme que l’Iran respecte le JCPOA et ne le viole qu’ “en esprit”.
  • Le rapport de septembre 2017 de l’Institut pour la Science et la Sécurité internationale (IISS) dit également que l’AIEA a renoncé à son statut professionnel et qu’elle fonctionne conformément à des considérations politiques en s’abstenant de rendre compte d’une série de violations iraniennes intervenues ces derniers mois.[8]
  • En septembre 2017, comme indiqué, il a été rapporté qu’Israël avait donné à l’AIEA des informations sur les violations iraniennes qui nécessitaient une inspection sur le terrain, et que l’AIEA s’est abstenue de mener l’inspection qui s’imposait. Un officiel de l’AIEA a déclaré à Reuters sous couvert d’anonymat, le 31 août 2017, que l’AIEA n’allait “pas visiter un site militaire comme Parchin juste pour envoyer un signal politique”.[9] Le refus de mener des inspections sur les sites qui ne sont pas déclarés par l’Iran comme nucléaires est un bon exemple de la politisation non professionnelle de l’AIEA, avec le consentement des signataires du JCPOA.
  • Yukiya Amano s’est abstenu de recourir à sa compétence professionnelle concernant la section T du JCPOA, qui prohibe “les activités pouvant contribuer au développement d’un engin explosif nucléaire”. Au lieu d’appliquer l’accord, ou d’annoncer que l’Iran l’avait violé en n’autorisant pas la mise en œuvre de la section T, il a accepté l’interprétation irano-russe de cette section, selon laquelle Amano n’a pas le statut requis à sa mlse en œuvre, et au lieu d’y voir une violation iranienne du JCPOA, il considère la question la plus importante de l’accord – le développement de modèles d’une bombe nucléaire – comme “un problème pour la Commission conjointe” – à savoir, que le forum politique doit être seul à décider.[10]

Les exemples ci-dessus montrent explicitement que le problème qui exige une action urgente est l’absence d’inspection réelle des sites en Iranet non celui des missiles balistiques ou de l’expiration, dans 8 ou 10 ans, des restrictions contre l’Iran.

L’engagement de Trump d’agir si l’AIEA ne mène pas de réelles inspections – une mise à l’épreuve de son leadership

Le 18 septembre 2017, le président Trump, par le biais du Secrétaire d’Etat à l’énergie Rick Perry, a informé la Conférence générale de l’AIEA que “nous n’accepterons pas d’accord mal appliqué ou géré de manière inadéquate”.[11]

Par cette déclaration, Trump a fixé une condition effective à la continuation du soutien américain au JCPOA. Cette demande de contrôle solide n’est pas une demande de modification du JCPOA, et ne signifie pas un retrait de celui-ci, mais est au contraire fondée sur l’acceptation de l’accord et l’insistance sur son exécution rigoureuse dans sa forme actuelle. Si l’administration américaine respecte l’engagement de Trump, et si sa déclaration ne devient pas une autre déclaration anti-Iran ignorée par le Département d’Etat, elle constituera une véritable pression sur l’AIEA pour qu’elle remplisse ses obligations conformément à son mandat.

Il convient de souligner que les parties au JCPOA ne peuvent s’opposer à la demande de Trump pour que l’AIEA impose son autorité, vu que celle-ci repose sur l’acceptation du JCPOA et non sur le retrait de l’accord ou sur une demande d’amendement de l’accord.

L’Iran, comme l’ont clarifié ses officiels haut-placés, a un intérêt vital à ne pas quitter le JCPOA – probablement en raison de l’évaluation de ses dirigeants selon laquelle s’il quittait le JCPOA, il s’exposerait à une attaque israélienne.

 

* Yigal Carmon est le Président de MEMRI ; A. Savyon est Directrice du

 MEMRI Iranian Media Project.

 

[1] Haaretz (Israël), 17 septembre 2017. Le quotidien a rapporté que les informations confidentielles sur les sites suspects en Iran avaient été transmises à l’AIEA mais que l’agence n’avait pas inspecté la plupart des sites. Les inspecteurs de l’AIEA, selon les sources israéliennes citées dans le rapport, ont préféré ne pas affronter les Iraniens, qui ont refusé de les laisser visiter plusieurs des sites.

[2] Par exemple, la déclaration d’Amano du 31 août 2017 à l’Associated Press à Vienne : l’AIEA “a accès à (tous) les emplacements, sans distinction entre les emplacements militaires et civils”. Stripes.com, 31 août 2017 ; et sa déclaration du 11 septembre 2017 au Conseil d’administration de l’AIEA : “Nous continuerons à appliquer le Protocole additionnel en Iran, y compris en autorisant les accès supplémentaires aux sites et autres emplacements, comme nous le faisons dans les autres pays [avec lesquels] il y a des protocoles additionnels”.

Iaea.org/newscenter/statements/iaea-director-generals-introductory-statement-to-the-board-of-governors-11-september-2017.

[3] ISNA (Iran), 21 septembre 2015. Voir aussi MEMRI Inquiry & Analysis No. 1344 – Iran Follows In North Korea’s Footsteps: Nuclearization, Missile Development Alongside Agreements With The Superpowers; EU3, IAEA Director-General Submitted To Obama Administration Pressure, Agreed To JCPOA With No Real Inspection, No Response To Iran’s Missile Program; French President: ‘Absolutely Necessary’ That JCPOA Be ‘Supplemented’, 8 septembre 2017.

[4] MEMRI Special Dispatch No. 6113 – Atomic Energy Organization Of Iran Chief Ali Akbar Salehi: We Have Reached An Understanding With The IAEA On The PMD, Now Political Backing Exists And The Results Will Be Very Positive, 22 juillet 2017;

MEMRI Inquiry & Analysis Series No. 1167 – Nuclear Negotiations At An Impasse: Leader Khamenei Rejects Agreement Reached On Token Inspection Of Military Sites And Questioning Of Scientists; U.S. Willing To Close IAEA Dossier On Iranian PMD, To Settle For Inspecting Declared Nuclear Sites Only, And To Rely On Intelligence; EU Objects, 11 juin 2015; MEMRI Special Dispatch No. 6229 – Statements By Iranian Deputy Foreign Minister Abbas Araghchi Indicate: IAEA’s PMD Report Is Being Written In Negotiation With Iran, Not Independently, 26 novembre 2015.

[5] Menewsline.com, 16 février 2016. Le rapport continuait : “Mais lors de son audition, Mull a reconnu que Washington n’avait pas vérifié la cargaison iranienne, dans le cadre de l’accord nucléaire avec les nations du P5+1. L’officiel a affirmé que la Russie, et pas l’Agence internationale de l’Energie atomique, était responsable de l’uranium iranien. Au lieu de cela, l’AIEA a assisté au chargement de l’uranium iranien sur le bateau russe”.

[6] Associated Press, CBSnews.com, 16 février 2016. Le rapport affirmait : “Après l’audition, un officiel haut-placé de l’administration a affirmé que le stock iranien se trouve en Russie, où il sera entreposé dans un lieu sûr, mais n’a pas précisé où. L’officiel n’a pas été autorisé à s’exprimer publiquement et a demandé à garder l’anonymat”.

[7] Voir « IAEA Takes A Light Touch On Iran’s Heavy Water, » Olli Heinonen, defenddemocracy.org, 28 avril 2016, et le rapport de l’IISS « Heavy Water Loophole in the Iran Deal, » ISIS-online, 21 décembre 2016.

[8] Voir « Update on Iran’s Compliance with the JCPOA Nuclear Limits – Iran’s Centrifuge Breakage Problem: Accidental Compliance, » ISIS-online, 21 septembre 2017.

[9] Reuters, 31 août 2017.

[10] Reuters, 26 septembre 2017.

[11] Reuters, 18 septembre 2017.

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 02:18

Un sermon en français transmis sur la radio Al-Bayan de l’EI intitulé « L’ennemi est trop fort » évoque la baisse de moral des combattants

 

Le 27 septembre 2017, la station de radio officielle de l’Etat islamique (EI) Al-Bayan émettait un nouvel enregistrement audio d’un sermon en français intitulé « L’ennemi est trop fort ». La radio Al-Bayan a dernièrement diffusé plusieurs sermons audio en français. L’enregistrement de 15 minutes a été diffusé sur les comptes officiels des réseaux sociaux de l’EI. Le sermon n’est pas daté ; il semble toutefois qu’il ait été enregistré dans un lieu public, probablement récemment, par le membre français de l’EI Adrien Guihal, alias Abou Oussama.

Le prédicateur entend renforcer le moral des combattants et des partisans de l’EI en réprouvant toute mentalité défaitiste résumée par le slogan « l’ennemi est trop fort ». Il explique qu’effectivement, la guerre a changé la tournure des événements depuis que les coalitions russe et américaine sont entrées en scène ; l’ennemi est fort et l’EI perd du terrain. Il appelle toutefois les combattants à tenir bon et à suivre les injonctions d’Abou Bakr Al-Baghdadi, auquel ils ont prêté allégeance. Il s’appuie sur l’histoire islamique ancienne, rappelant que, malgré les batailles perdues, les Compagnons du prophète Mohammed lui étaient restés fidèles et dévoués et avaient gardé foi en Allah et en Son prophète. En outre, il condamne la lâcheté de ceux qui n’ont pas rejoint le djihad et sont restés « en France ou ailleurs ».

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 02:14

Rira bien qui rira le dernier - Le secrétaire général du Hezbollah Nasrallah exhorte les Juifs à quitter la « Palestine occupée »

 

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré que les sionistes se « dirigent d’eux-mêmes vers un anéantissement certain » et a enjoint aux « juifs non sionistes » de quitter la « Palestine occupée » et de retourner dans leurs pays d’origine. « Netanyahou, son gouvernement et ses commandants militaires ignorent l’issue de cette guerre », a-t-il déclaré. Nasrallah a également averti l’Arabie saoudite que la sécession du Kurdistan irakien mènerait en définitive à la partition du Royaume saoudien, selon lui le pays « le plus enclin » à la division. Ses allocutions ont été diffusées le 30 septembre 2017 et le 1er octobre sur Al-Jadid/New TV. Extraits :

Hassan Nasrallah : Si Trump et Netanyahu entraînent la région dans une nouvelle guerre, ce sera à vos dépens [Israéliens]. C’est vous qui paierez le prix exorbitant de la politique stupide de votre Premier ministre. Netanyahou dirige la région vers une guerre contre le Liban, contre la Syrie, Gaza et les mouvements de résistance, sous de faux prétextes d’autodéfense. Il prétend que ce serait une guerre préventive.

J’espère que tous les Israéliens écouteront attentivement ce que je dis : Netanyahou, son gouvernement et ses commandants militaires n’évaluent pas correctement l’issue de cette guerre, s’ils la déclenchent. Quelle sera sa portée ? Où seront les fronts de bataille ? Qui prendra part à la guerre ? Qui la rejoindra ? Netanyahou, son gouvernement et ses commandants militaires ignorent comment cette guerre se terminera s’ils la déclenchent. Laissez-moi vous assurer qu’ils ne se font pas une idée exacte de ce qui les attend, s’ils ont la bêtise d’entrer en guerre. […]

J’appelle tous les Juifs non sionistes à se dissocier des estimations de ces sionistes, qui se dirigent vers un anéantissement certain. J’appelle tous ceux qui sont venus en Palestine occupée – croyant que c’était la terre du lait et du miel – à la quitter. Je les appelle à quitter la Palestine et à retourner aux pays d’où ils sont venus, afin de ne pas devenir de la chair à canon dans une guerre où ils se trouveront entraînés par le gouvernement stupide de Netanyahou, car si Netanyahou entame une guerre dans cette région, ces [Juifs] n’auront pas assez de temps pour quitter la Palestine, et ne trouveront aucun havre de paix en Palestine occupée. […]

Autrefois, tout, y compis certaines déclarations publiques, laissait croire que l’Arabie saoudite soutenait l’indépendance du Kurdistan irakien. Aujourd’hui, la position officielle de l’Arabie saoudite est différente. Mais si nous partons du principe qu’il existe encore une position de facto de ce type, nous devons prévenir les dirigeants de l’Arabie saoudite que l’indépendance du Kurdistan irakien et le début de la partition de la région gagneront l’Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite sera divisée. Assurément ! L’Arabie saoudite est le pays le plus menacé de partage : sa surface est vaste, elle abrite des conflits intérieurs – même si les médias s’efforcent de les occulter, elle a de vastes ressources pétrolières et naturelles, convoitées par beaucoup… Si, que Dieu nous en préserve, l’Irak ou la Syrie venait à être divisé, l’Arabie saoudite se trouverait en haut de la liste [des pays menacés de partition].

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 05:55

Le cheikh saoudien Mamdouh Al-Harbi : la guerre des musulmans est dirigée contre les juifs, pas seulement contre les sionistes

 

Dans une conférence intitulée « Qui libérera Al-Aqsa », le cheikh saoudien Mamdouh Al-Harbi a déclaré que la guerre des musulmans était dirigée contre les juifs, et non seulement les sionistes, et a pércisé que le nier « constitue un démenti des paroles d’Allah et du prophète Mohammed.  » La conférence a été mise en ligne sur la chaîne YouTube d’Al-Harbi le 26 juillet 2017. 

Dans une précédente vidéo diffusée sur MEMRI TV le 22 mai 2015, Al-Harbi déclarait que « la notion de terrorisme est bénie » et que celui-ci est « requis par la charia ». Il ajoutait que le seul sens du djihad était de combattre les infidèles, soulignant que le terme « djihad », qui « se trouve dans le magnifique Coran », « s’applique exclusivement au combat ».

Cheikh Al-Harbi (né en 1966) est un chercheur indépendant qui analyse les communautés, les religions et les civilisations. Il a écrit plusieurs livres, dont au moins deux anti-chiites et contenant des appels à tuer les apostats. [1] Extraits :

Cheikh Mamdouh Al-Harbi : Le prophète Mohammed a prédit que nous tuerions les juifs. Il a prédit que nous tuerions les juifs. Ne laissez personne prétendre [que le Prophète a dit] que nous tuerons les sionistes. Quiconque prétend que notre guerre est dirigée contre les sionistes plutôt que les juifs se trompe. C’est un démenti des paroles d’Allah et du prophète Mohammed. Notre guerre est contre les juifs, et non les sionistes, même si les sionistes font partie des juifs les plus dangereux. Mais la guerre est dirigée contre les juifs. Ce qu’Allah a dit dans le Coran, et ce que le prophète Mohammed a dit dans la vraie Sunna… Le Prophète n’a pas dit : « Les sionistes. » Il a dit : « les juifs » – même si les sionistes sont parmi les pires d’entre eux. Je dis donc : notre guerre au Jour du Jugement sera contre les juifs. […]

Le prophète Mohammed a déclaré : « Le Jour du Jugement ne viendra que lorsque les musulmans combattront les juifs. Les musulmans les tueront, et les juifs se cacheront derrière des pierres et des arbres. […] Les pierres et les arbres diront : Ô musulman, ô serviteur d’Allah… » Maintenant écoutez bien : « Ô, musulman, ô serviteur d’Allah, il y a un juif derrière moi. Viens le tuer. » Le Prophète a dit : « Sauf l’arbre Gharqad, qui est l’arbre des juifs. » L’arbre Gharqad est un arbre laid, plein d’épines. Cet arbre ne parlera pas parce qu’il est avec les juifs.

Note :
[1] Ar.islamway.net/scholar/277/profile, consulté le 18 août 2017.

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 08:18

Tahar Ibn Ali, prédicateur à Anvers, s’élève contre l’application de la charia : nous voulons la liberté et le respect d’autrui

Voir les extraits vidéo sur MEMRI TV

Le prédicateur marocain-amazigh Tahar Chadlioui (alias Tahar Ibn Ali) a averti des dangers des appels à la création d’un État islamique et à l’application de la charia en Europe. La plupart des différents groupes et communautés islamiques « n’appellent qu’à la haine » et « si nous les suivons, ils vous décapiteront », a-t-il affirmé. Dans une vidéo en espagnol intitulée « Un Etat islamique ? », mise en ligne sur YouTube le 27 juillet 2017, Ibn Ali, né à Nador au nord-est de la région du Rif, au Maroc, résidant actuellement à Anvers, en Belgique, a appelé au respect d’autrui et a demandé : « Voulez-vous ce genre de charia ou voulez-vous la liberté ? » Extraits :

Tahar Ibn Ali : De nombreux jeunes gens parlent de la charia. Ils veulent la charia. Ils veulent la loi d’Allah. Mais si vous leur demandez ce qui annule l’ablution, ils n’en ont aucune idée. S’ils ignorent ce qui annule l’ablution, comment peuvent-ils savoir ce qu’est la charia ? J’aimerais demander aux gens qui veulent la charia : quelle charia allons-nous instituer ? La meilleure réponse que vous pourrez obtenir est : « la loi d’Allah ». OK, mais aucun ange ne va descendre du ciel [pour l’instaurer]. Cette charia devra être instituée par des personnes.

Qui va s’en occuper, mon frère ? Quelle charia vont-ils instaurer ? La charia des chiites ? Ou des Kharijites ? Ou des Mutazilas ? Ou des Ibadites ? Ou des Zaïdites ? Ou des salafistes ? Ou des wahhabites ? Ou des Frères musulmans ? Etc. Quelle charia allons-nous instituer ? De quel groupe ? De quelle communauté ? Vous comprenez bien que si vous en donnez la responsabilité à l’un de ces groupes, vous ne me verrez plus sur YouTube. Ils n’y mettront que ce qui leur convient. Par conséquent, je suis reconnaissant à Allah que YouTube n’appartienne pas aux musulmans. Si c’était le cas, vous ne me verriez plus. Soit vous êtes avec eux, soit ils vous éjectent de YouTube. [….]

Ecoutez cela : ils ont tué Othman. Ils ont tué Ali. Ils ont tué Hussein. C’étaient les compagnons du Prophète. Qui étaient les assassins ? Des musulmans. En d’autres termes, soit vous êtes avec nous, soit nous vous tuerons ! […]

Aujourd’hui, c’est pareil, ou même pire. Il y a davantage de communautés, plus de groupes. Chaque personne suit son propre groupe, son propre cheikh, et tous les autres sont considérés comme des apostats. Comme si cela ne suffisait pas, certains diront même que tous les autres sont des infidèles, ne sont pas des musulmans. La majorité de ces groupes et communautés ne font rien d’autre qu’appeler à la haine. Tout ce que vous pouvez apprendre d’eux est la haine : « Nous sommes les seuls qui irons au Paradis, et tous les autres iront en Enfer. »

Ainsi je vous demande : quelle charia allons-nous instaurer ? Voulons-nous devenir comme l’Irak, où les chiites tuent les sunnites et les sunnites tuent les chiites ? L’autre option est que chaque [groupe] ait sa propre mosquée, et que chacun fasse ce qu’il veut. C’est ce que je préfère : la liberté. Chacun peut agir comme bon lui semble. Si vous voulez suivre l’islam sunnite, allez-y. L’islam chiite ? Allez-y. Mutazila ? Allez-y. Tout ce que l’on vous demande, c’est de respecter les autres.

Vous voulez instaurer la charia en Europe ? Très bien, faisons-le. Mais de quelle charia parlons-nous ? Si nous instaurons, par exemple, une charia hanbalite – ô non… c’est trop dangereux. Si quelqu’un ne prie pas, il sera tué. Nombreux sont ceux qui ne prient pas. Nous serons donc obligés de forcer les gens à prier. Tu ferais mieux de prier, mon frère, sinon on te décapite… Selon l’école hanafite de l’islam, si vous ne priez pas, vous allez en prison. Vous devez y rester jusqu’à ce que vous vous mettiez à prier ou jusqu’à votre mort.

Pour les femmes, ça sera même pire. Tu devras rester à la maison, ma sœur, et si tu sors, tu devras te couvrir de la tête aux pieds. Je vais m’arrêter ici. Je crois que personne ne sera d’accord avec moi. Je parle des musulmans. Les quatre écoles [de la jurisprudence islamique] s’accordent sur le fait qu’un père a le droit de forcer ses jeunes fils à se marier. Voulez-vous cela ? Aimez-vous cela ? Voulez-vous ce genre de charia, ou voulez-vous la liberté ? […]

Après avoir entendu tout cela, je pense que vous ne voudrez plus de la charia. Je ne vous en ai présenté que 5%. Si je vous disais tout, je vous effrayerais. Dans le véritable islam, la liberté existe. Mais si nous suivons ces groupes, ces communautés, etc., ils vous décapiteront. Quant aux gens qui haïssent l’islam, parfois ils ont raison. Face aux agissements de ces groupes et communautés islamiques, nous seulement vous le haïrez, mais vous le quitterez.

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 08:16

Un officiel du Fatah : Israël est responsable de l’attaque à Har Adar ; les tirs, réaction naturelle d’un peuple sous occupation

 

Le 26 septembre 2017, Nimr Al-Jamal, du village de Beit Surik, en Cisjordanie, a abattu trois Israéliens à l’entrée de la colonie israélienne Har Adar. À ce jour, l’Autorité palestinienne (AP) n’a pas émis de réaction officielle à l’attaque et ne l’a pas condamnée. Toutefois Mounir Al-Jaghoub, porte-parole de la commission de recrutement et d’organisation du Fatah, en a imputé la responsabilité à Israël. Il a prévenu que si Israël continuait son « agression », la violence redoublerait, soulignant que « nous, au sein du mouvement du Fatah, poursuivons notre lutte pour atteindre nos objectifs ».

Omar Al-Ghoul, conseiller de l’ancien Premier ministre palestinien Salam Fayyad, a émis des déclarations similaires dans un article posté sur un site palestinien.

La page Facebook officielle du mouvement Fatah, ayant à sa tête Abbas, a affiché une notice nécrologique concernant le tireur, publiée par le Fatah-Jérusalem à Beit Surik, le qualifiant de « héros mort en martyr » du Fatah. Des déclarations saluant l’attaque ont également été émises par l’unité Nidal Al-Amoudi, basée à Gaza, affiliée aux Brigades des martyrs Al-Aqsa du Fatah, ainsi que par le Hamas, le Front populaire et le Jihad islamique palestinien.

Deuil du « héros mort en martyr » Nimr Al-Jamal sur la page Facebook officielle du Fatah

Dans la notice nécrologque publiée par la filiale du Fatah à Beit Surik et postée sur la page Facebook officielle du mouvement, on pouvait lire : « Avec fierté et honneur, le Fatah-Jérusalem à Beit Surik pleure la mort de son héros mort en martyr Nimr Mahmoud Ahmad Mohammed Al-Jamal, qui a sacrifié son âme le 26 septembre 2017. Que la gloire et l’éternité [soient la récompense] des purs martyrs. Nous sacrifions nos âmes pour Al-Aqsa. » [1]

Le porte-parole de la commission de recrutement et d’organisation du Fatah : si Israël poursuit son agression, il peut s’attendre à plus de violence

Comme mentionné plus haut, Mounir Al-Jaghoub, le porte-parole de la commission de recrutement et d’organisation du Fatah, s’est abstenu de condamner l’attaque à Har Adar et en a imputé la responsabilité à Israël : « Israël porte l’entière responsabilité de toutes les réactions palestiniennes aux crimes de l’occupation. S’il persiste dans son agression incessante contre le peuple palestinien, il peut s’attendre à une plus grande violence. Les actes d’Israël contre les Palestiniens, [perpétrés] chaque jour et partout, sont la raison du cycle de la violence. Israël doit comprendre les conséquences de ses actions. » [2]

Après que le coordonnateur israélien des activités gouvernementales dans les territoires, Yoav Mordechai, eut condamné ses déclarations, Mounir Al-Jaghoub a répondu : « Israël ne fait que révéler au monde son échec quotidien lorsqu’il accuse l’AP d’incitation, tout en oubliant délibérément que l’occupation et les colonies constituent le pire type d’incitation et sont la principale raison de la violence, de l’instabilité et du sang [versé]. Elles sont l’huile [versée] sur le feu et l’embrasement qui menace toute la région… »

Il a ajouté : « Nous, au sein du mouvement du Fatah, poursuivons notre lutte pour atteindre nos objectifs… Nous adoptons l’option de la résistance populaire et de l’opposition à l’occupation. Israël doit comprendre que son mépris continu de nos droits ne lui apportera pas la sécurité et la paix. Il doit être raisonnable, mettre fin à l’occupation criminelle et accepter la solution des deux Etats, car l’alternative est un Etat binational [dans les frontières] de la Palestine historique avec des droits et des devoirs égaux pour tous. » [3].

Mounir Al-Jaghoub (Photo : Facebook.com/officialfateh1965, 26 septembre 2017)
La réponse de Mounir Al-Jaghoub à Yoav Mordechai sur la page Facebook officielle du Fatah (Photo : Facebook.com/officialfateh1965, 26 septembre 2017)

Selon la déclaration publiée par l’unité Nidal Al-Amoudi, basée à Gaza, des Brigades Al-Aqsa du Fatah, « cette opération héroïque fut une réaction naturelle aux crimes de l’occupation et à l’agression contre Jérusalem et la mosquée d’Al-Aqsa. Nous saluons cette opération héroïque… Elle fait clairement savoir que la foi du peuple palestinien en la résistance armée reste forte et que les opérations de sacrifice sont le seul langage que l’occupation comprenne. » [4]

Un éditorialiste palestinien : les tirs, réaction naturelle d’un peuple sous occupation

Omar Al-Ghoul, autrefois conseiller de l’ancien Premier ministre palestinien Salam Fayyad et aujourd’hui éditorialiste pour le quotidien palestinien Al-Hayat Al-Jadida, a écrit sur un site palestinien que la fusillade était une réaction aux actions d’Israël et un message signifiant que le prix à payer pour la poursuite de la colonisation serait élevé : « La réaction naturelle d’un peuple sous occupation est de s’opposer à l’occupation, de s’élever contre elle et de lui faire payer cher sa politique. Le martyr Nimr n’appartenait à aucune organisation, mais l’élan national, inscrit dans sa conscience, était plus puissant que toute affiliation organisationnelle. C’est pourquoi il a décidé de défendre son identité nationale en s’engageant à rappeler aux impérialistes israéliens que le prix de la poursuite des colonies sera très élevé… L’attaque fut un message très clair, pour toute personne raisonnable, faisant valoir que le peuple palestinien est capable de défendre son droit à la vie et de gagner son indépendance, pas moins qu’il ne croit en la paix et y aspire. » [5]

Lien vers le rapport en anglais

Notes :

[1] Facebook.com/opfficialfateh1965, 26 septembre 2017.

[2] Facebook.com/officialfateh1965, 26 septembre 2017.

[3] Facebook.com/officialfateh1965, 26 septembre 2017.

[4] Amad.ps, 26 septembre 2017.

[5] Amad.ps, 28 septembre 2017.

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 08:11

Oman expulse le cheikh indien Salman Al-Nadwi au Qatar suite à sa diatribe contre le roi d’Arabie saoudite et le président des Etats-Unis

Le cheikh indien Salman Al-Hussain Al-Nadwi a été expulsé d’Oman vers le Qatar après une allocution prononcée le 19 septembre 2017, dans laquelle il attaquait le roi et des cheikhs saoudiens pour leur soutien au président américain Donald Trump. Il réagissait à une déclaration de l’imam de la Grande Mosquée prononcée à La Mecque, Abdul Rahman Al-Sudais, louant le président Trump.

Au cours d’une conférence donnée à la Faculté des sciences islamiques de Mascate, cheikh Al-Nadwi a traité Trump plusieurs fois de « dayyouth », terme qui signifie « proxénète » ou désigne un homme qui ne protège pas l’honneur des femmes de sa famille. Il a reproché au monarque saoudien de s’être allié aux Américains contre le Qatar. « La crise du Golfe a été inspirée par Satan et par Trump », a déclaré Al-Nadwi, qualifiant les Américains de « meurtriers, bouchers, proxénètes et criminels ». Des extraits de l’intervention de Nadwi ont été mis en ligne sur Internet.

Salman Al-Hussain Al-Nadwi : L’empire américain a été érigé sur les membres déchiquetés et les cadavres de millions de personnes. C’est devenu la coutume américaine. Cela fait partie de leur nature. [L’Amérique] dévore toujours les corps. Elle les tue. Elle a abattu un million de musulmans en Afghanistan et environ un million en Irak. En six ans, au moins un million de musulmans ont été tués en Syrie. Le monde islamique est devenu un lieu de massacres perpétrés par ces assassins, ces bouchers, ces meurtriers et ces êtres qui versent le sang. Nous devons les maudire nuit et jour et nous désolidariser d’eux. Ceux qui s’allient à eux – qu’il s’agisse de l’un des rois des Deux Lieux saints [l’Arabie saoudite] ou de qui que ce soit d’autre – sera considéré comme l’un d’entre eux. « Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens. Ils sont les alliés les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés devient l’un des leurs. » Par Allah, [chaque] dirigeant qui s’allie à ces tyrans est l’un des leurs. Ils se retrouveront en Enfer. C’est ce que disent le Coran et la Sunna du Prophète. […]

La crise du Golfe a été inspirée par Satan, et par ce proxénète de Trump. Nous le connaissons parfaitement bien, à l’instar des Américains. Deux tiers des Américains sont contre ce proxénète, ce tyran, ce criminel maléfique. Comment [le pays] des Deux lieux saints peut-il soutenir ce maquerau ? Ne se trouve-t-il plus de courroux et de zèle dans les âmes ? Ces assassins, bouchers, proxénètes et criminels [américains] ne devraient être autorisés à approcher aucun des pays musulmans ; dès lors, comment peuvent-ils être des alliés et monter [des pays musulmans] contre un autre pays musulman [le Qatar], simplement parce que ce pays abrite le Hamas, les Frères musulmans et [Youssef Al-] Qaradaoui ? Voilà pourquoi ils se sont unis contre ce pays. Ce sont des criminels et des tyrans. Puisse Allah les maudire !

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 06:38

Oslo : l’histoire derrière la poignée de main- Des israéliens architectes de la destruction d'Israël

 

Par Yigal Carmon*

A l’occasion du 24e anniversaire des Accords d’Oslo, MEMRI a mis en ligne un article publié en 1994 par le président fondateur de MEMRI, Yigal Carmon, dans le magazine américain Commentary. Cet article révèle l’histoire jamais racontée des Accords.[1]

L’accord conclu [en août 1993] à Oslo entre Israël et l’OLP, puis signé (avec quelques modifications) sur la pelouse de la Maison Blanche un mois plus tard [le 13 septembre 1993], a été négocié dans le plus grand secret. A ce jour, l’histoire qui se cache derrière ces accords n’a été relatée que de manière sélective et uniquement par leurs participants et leurs partisans, qui le considèrent comme une percée historique triomphale. Mais une image très différente émerge lorsque l’histoire est racontée de manière plus exhaustive, comme j’entends le faire ici.

_____________

Oslo ne fut en aucun cas le lieu premier où des officiels de l’OLP rencontrèrent des Israéliens. A partir des années 1970, des symposiums, conférences et “dialogues”, ouverts ou clandestins, se sont tenus dans plusieurs villes du monde, sous différents auspices organisationnels, semi-officiels, voire sous l’égide de l’ONU, en général avec la participation du pays d’accueil. Avec le temps, les participants israéliens sont devenus plus audacieux, nonobstant la loi israélienne qui interdisait les contacts directs non autorisés avec des membres de l’OLP. (Cette loi a été abrogée peu de temps après l’arrivée au pouvoir du parti travailliste en 1992.)

Les pays scandinaves ont toujours semblé particulièrement friands d’accueillir les rencontres entre l’OLP, organisation dont ils ont épousé la cause, et les “militants pour la paix” israéliens et Juifs américains pacifistes. C’est à Stockholm qu’un tel groupe d’Américains, incluant Rita Hauser et Menachem Rosensaft, a rencontré Yasser Arafat en 1988, ouvrant la voie au dialogue avec l’OLP, qui a commencé dans les derniers jours de l’administration Reagan.

Ce dialogue a été suspendu lorsqu’Arafat a refusé de condamner l’attentat terroriste de mai 1990, sur une plage proche de Tel-Aviv, par une des principales factions de l’OLP. Washington a été particulièrement contrarié en découvrant que le groupe terroriste avait eu l’intention d’attaquer non seulement des Israéliens, mais aussi l’ambassade américaine. Toutefois, le refus d’Arafat de se désolidariser d’Abou Abbas, dirigeant du groupe terroriste, n’a pas eu les mêmes conséquences pour le “camp de la paix” israélien, que sur le gouvernement américain. Les colombes israéliennes ont continué de rencontrer l’OLP dans le monde entier, avec au moins un grand colloque transformé en programme télévisé d’une heure, largement diffusé par PBS.

Parmi les différents hôtes de ces rencontres, un think tank dénommé FAFO (acronyme norvégien de l’Institut des sciences sociales appliquées) fut remarqué pour son dévouement et son zèle. Au début de l’été 1992, son directeur exécutif, Terje Rod Larsen, a contacté Yossi Beilin, alors dirigeant de l’institut de recherche israélien ECF (Economic Cooperation Foundation) et protégé et confident proche de Shimon Pérès, un des principaux dirigeants du parti travailliste. Larsen a déclaré à Beilin que les Palestiniens étaient fatigués de l’Intifada et disposés à trouver un accord. Si l’élection prochaine amenait le Parti travailliste au pouvoir, l’occasion ne devrait pas être manquée. Beilin a réagi en mettant Larsen en contact avec un ami, le professeur Yaïr Hirschfeld de l’université de Haïfa, fan de l’ancien chancelier autrichien Bruno Kreisky, qui était célèbre pour ses conceptions très optimistes face au conflit israélo-arabe.

Après la victoire travailliste de 1992, Itzhak Rabin est devenu Premier ministre, Shimon Pérès ministre des Affaires étrangères, et Pérès a désigné Beilin comme son adjoint. Larsen – dont la femme était l’assistante du ministre des Affaires étrangères norvégien, Johan Jorgen Holst, tandis que la femme de Holst était pour sa part présidente du FAFO – a alors proposé les services du gouvernement norvégien à Beilin. Holst était connu comme étant “possédé” par l’idée de faire la paix entre Israël et l’OLP. Il ne pouvait trouver d’arrangement plus confortable.

Beilin ne pouvait pas participer officiellement aux contacts directs avec les représentants de l’OLP – qui étaient encore illégaux – mais il a assuré à Larsen qu’Hirschfeld et l’un de ses anciens étudiants, Ron Pundak, universitaire israélien d’origine danoise, pourraient se charger de l’affaire. A cette époque, selon Beilin, il considérait la rencontre comme un exercice intellectuel tout au plus. L’OLP ne prenait pas non plus le tandem Hirschfeld-Pundak très au sérieux – jusqu’à ce que sa porte-parole, Hanan Ashrawi, au domicile de qui ils se rendaient régulièrement, comprenne à quel point ils étaient proches du nouveau adjoint et proche confident de Shimon Pérès. A ce stade, Ashrawi a organisé pour eux une rencontre avec le “Ministre des Finances” de l’OLP, Abou Ala, à Londres, et c’est à partir de là qu’est apparue l’idée de rédiger une proposition d’accord entre Israël et l’OLP. Hirschfeld a suggéré que les rencontres se poursuivent à Oslo, et les gens de l’OLP ont accepté.

Pundak et Hirschfeld ne cessaient de rappeler devant leurs homologues de l’OLP que le gouvernement israélien pouvait les désavouer à tout moment. Mais cela n’a fait que convaincre les Palestiniens que leurs interlocuteurs israéliens représentaient effectivement le gouvernement. De fait, pourtant, pratiquement personne en Israël n’était au courant des discussions. Le seul contact de Hirschfeld et Pundak à l’époque était Beilin, et on ne sait pas très clairement à quel stade ce dernier a rendu compte des pourparlers à Pérès.

Ce qui est certain, c’est que le Premier ministre Itzhak Rabin était totalement ignorant de ces développements, au moins jusqu’en décembre 1992, lorsque les négociateurs d’Oslo sont revenus avec un document qui, selon Beilin, était pratiquement identique à la Déclaration de Principes d’août 1993. Il appelait à un retrait israélien presque total de la bande de Gaza et de Jéricho, lequel devrait être suivi peu de temps après par l’extension de l’autonomie palestinienne à la totalité de la Cisjordanie.

_____________

En ce même mois de décembre 1992, Rabin et le chef d’état-major Ehoud Barak ont décidé de l’expulsion vers le Liban de 415 agitateurs du Hamas et du Djihad islamique. Cette expulsion, qui avait été provoquée par des attaques particulièrement dures et réussies de ces organisations fondamentalistes militantes contre l’armée et la police israéliennes, n’ont pas eu l’effet escompté. L’élan de sympathie pour les terroristes expulsés de la part des médias internationaux et les pressions exercées sur Israël pour les autoriser à rentrer (auxquelles Rabin a rapidement cédé) ont non seulement encouragé le Hamas, mais aussi l’OLP (y compris le Fatah, faction d’Arafat) à poursuivre leurs activités terroristes.

Fin mars, Rabin s’est retrouvé lui-même dans une situation critique. Quinze mois s’étaient écoulés depuis son élection au poste de Premier ministre, et bien qu’il se fût engagé à trouver un accord d’autonomie avec les Palestiniens dans un délai de six à neuf mois, il n’y avait eu aucun progrès dans le processus de paix. Les pourparlers avec les délégations arabes à Washington – entamées par son prédécesseur Itzhak Shamir au lendemain de la conférence de Madrid d’octobre 1991 – avaient été suspendus ; les attaques terroristes accrues avaient fait du “mars noir” de 1993 un des mois les plus sanglants de l’histoire d’Israël ; les expulsés du Hamas étaient devenus des héros populaires et la popularité de Rabin dans les sondages était au plus bas.

C’est à ce moment que Rabin a finalement été informé des négociations d’Oslo. Au lieu de les suspendre, il a donné pour instruction de les poursuivre. Techniquement, cette instruction était une violation des lois en vigueur, qui interdisaient les contacts officiels avec l’OLP, sauf avec l’approbation du cabinet. Aucune approbation n’avait été donnée. Les ministres du gouvernement n’étaient même pas informés des négociations.

Fin avril, Rabin a décidé de tester l’autorité et l’influence des interlocuteurs de l’OLP à Oslo en leur demandant que les représentants officiels de l’OLP ne participent pas aux négociations multilatérales sur les réfugiés devant se tenir (par une pure coïncidence) à Oslo. Sa demande fut rapidement acceptée et il en fut impressionné. Pourquoi impressionné ? La raison n’est pas claire. Il est évident qu’un appel direct du Premier ministre israélien était un signe plus important de reconnaissance pour l’OLP que la présence de ses représentants officiels lors de négociations multilatérales. Néanmoins, Rabin a eu le sentiment que cette réaction était la preuve qu’il avait bien affaire aux échelons supérieurs de l’OLP.

Les médias israéliens et internationaux ont accueilli la concession de l’OLP avec surprise, notamment lorsque les représentants palestiniens sont sortis de la réunion multilatérale le visage rayonnant, et qu’Abou Ala, qui n’y participait pas, a annoncé devant les caméras que c’était un grand succès. La raison de cette allégresse n’était pas seulement la reconnaissance accordée à l’OLP par Rabin, mais le fait que, pour la première fois, un officiel haut-placé du ministère des Affaires étrangères – son directeur général Uri Savir – avait participé aux pourparlers secrets.

Ces pourparlers se sont ensuite poursuivis avec l’accord total de Rabin. A partir de là, ils ont été dirigés par Uri Savir, expert des relations Etats-Unis – Israël (il avait été consul général à New-York) qui savait peu de choses de l’OLP, et par Yoel Singer, membre israélien d’un grand cabinet d’avocats de Washington qui deviendrait par la suite conseiller juridique du ministère des Affaires étrangères. Le secret était total. En sus des négociateurs eux-mêmes, seul Avi Gil, assistant administratif de Pérès, et Shlomo Gur, assistant de Beilin, étaient informés de tous les développements. Pour assurer la confidentialité, ils s’occupaient de la dactylographie, des billets d’avion et autres détails administratifs sans passer par leurs secrétaires. Le fait que rien n’ait fuité dans la presse, notamment au vu des annonces répétées de l’OLP que des réunions avaient lieu à un niveau élevé, est extraordinaire. Le monde, habitué aux tergiversations et aux exagérations de l’OLP, acceptait les démentis israéliens.

Comme l’a rappelé Beilin, à cette époque, tous pensaient encore que l’objet des négociations était de rédiger une proposition qui serait signée par les délégations officielles aux pourparlers de paix de Washington, lesquelles n’incluaient pas officiellement, du côté palestinien, l’OLP. Les Israéliens pensaient obtenir une approbation en coulisse de l’OLP et rien de plus. De fait, le 15 août, cinq jours seulement avant que la Déclaration de Principes soit paraphée à Oslo, Rabin a déclaré lors d’une réunion du gouvernement qu’il espérait que des “éléments israéliens” (euphémisme désignant les ministres du “camp de la paix” et autres politiciens modérés) ne porteraient pas atteinte à la politique de Washington de dissociation de l’OLP.

Le 20 août, à la réception du gouvernement norvégien, Holst et quelques collègues norvégiens ont accueilli Pérès, Gil, Savir, Singer, Hirschfeld et Pundak, qui ont été rejoints par Abou Ala et ses assistants, pour la cérémonie de signature. Les Israéliens étaient venus participer à une des décisions diplomatiques les plus importantes de l’histoire de leur pays sans avoir consulté une seule autorité militaire, un seul officier des renseignements ou un seul expert des affaires arabes. Certes, Rabin lui-même avait vérifié chaque mot (même s’il ne comprendrait que plus tard, comme il le reconnaîtrait publiquement, que le document avait laissé des “centaines” de questions en suspens ; plus tard aussi, il déclarerait que “les formulations légales d’Oslo ne valent rien” et que “ce qui sera décisif, c’est ce qui se passera sur le terrain”).

Des toasts furent portés par Savir, Abou Ala et Holst. Pérès, en visite officielle à Oslo, était sorti furtivement de son hôtel pour la cérémonie, mais demeurait réticent à participer activement à la signature d’un accord avec l’OLP. Savir et Singer ont paraphé le document pour le compte d’Israël ; Abou Ala et un assistant l’ont paraphé pour l’OLP. Hirschfeld s’est vu demander d’ajouter sa signature, en reconnaissance pour sa contribution. Triste coïncidence, ce même jour, neuf soldats israéliens furent tués à la frontière libanaise.

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L’aval donné par Rabin à un accord avec “l’OLP de Tunis”, comme il avait toujours désigné le gouvernement en exil de l’organisation, étonna beaucoup. Mais Rabin, qui avait au début douté qu’un tel accord puisse jamais être trouvé, avait également toujours considéré les contacts avec l’OLP comme utiles. Même pendant la période où il était ministre de la Défense du gouvernement d’unité nationale dirigé par le Premier ministre Shamir, il avait conseillé à celui-ci de laisser la direction palestinienne locale se rendre à Tunis (ce qui était illégal) autant qu’elle le souhaitait. “Ils pensent qu’ils se paient notre tête, mais en vérité c’est nous qui les utilisons pour obtenir le consentement de l’OLP à l’accord que nous devons trouver avec les habitants des territoires. Sans un tel accord, rien ne bougera. Ainsi pourrons-nous obtenir le parrainage de l’OLP sans avoir à accepter la présence officielle de l’OLP ou sa participation à la mise en œuvre de l’accord”.

Mais l’OLP était plus avisée. Cela est devenu rapidement évident, lorsque Rabin a appliqué le même principe au cours des négociations d’Oslo, en annonçant explicitement que “le test de l’accord réside dans sa signature par les délégations aux pourparlers de paix de Washington” – à savoir, pas par l’OLP. Dans un discours devant sa coalition gouvernementale, il a expliqué cette tactique en détail :

“Pendant longtemps, j’ai cru que les habitants palestiniens des territoires finiraient [par négocier] en leur propre nom. Mais après plus d’un an de négociations, je suis parvenu à la conclusion qu’ils ne le peuvent pas… C’est pourquoi les pourparlers [à Oslo] se sont déroulés avec des Palestiniens qui ne sont pas nécessairement résidents des territoires. Mais la signature de l’accord se fera entre les délégations [aux pourparlers de paix de Washington].

Beilin, lui aussi, a rappelé la distinction entre la délégation palestinienne à Washington et l’OLP. Interrogé pour savoir comment Israël pouvait signer une telle déclaration avant que l’OLP ait aboli les clauses de sa Charte appelant à la destruction d’Israël, il a répondu : “La délégation [de Washington] n’est pas l’OLP, aussi la question n’est pas pertinente”. (Cette affirmation était en totale contradiction avec la vieille accusation du parti travailliste selon laquelle le gouvernement Shamir avait ouvert la porte à la participation de l’OLP en négociant avec une délégation qui “représente l’OLP sans en porter le nom”).

L’intention originale, à l’époque, selon Beilin, était de “mettre l’accord sur la table à Washington sans révéler le fait qu’il avait été négocié avec l’OLP à Oslo”. Mais à ce stade, l’histoire a été publiée, sans doute en raison d’une fuite organisée par les Norvégiens à l’approche d’élections parlementaires (le parti de Holst en sortit vainqueur). Ensuite, à la surprise des Israéliens, le chef de la délégation palestinienne à Washington, Haidar Abdel Shafi, agissant clairement en coordination avec l’OLP, a refusé de signer le document. Laissons ceux qui l’ont concocté le signer, a-t-il déclaré.

Interrogé à la télévision israélienne pour savoir ce qui se passerait si Shafi refusait de signer l’accord, Beilin a répondu : “Ne lui accordez aucune attention. Nous trouverons quelqu’un qui le signera”. Mais comme aucun membre de la délégation palestinienne ne voulait signer le document sans autorisation de l’OLP, il n’y avait que l’OLP-Tunis pour le faire. Ce point élémentaire semble avoir échappé à Rabin.

Il était aussi, apparemment, ignorant du fait qu’à la veille de la conférence de Madrid, Faisal Husseini (dirigeant non officiel de la délégation palestinienne qui – en tant que résident de Jérusalem, ne pouvait être considéré négociateur officiel par le gouvernement Shamir) avait informé le Secrétaire d’Etat de l’époque, James Baker, que si un accord était trouvé, seule l’OLP le signerait, et pas la délégation. (Husseini lui-même avait apparemment divulgué cette information au quotidien israélien Ma’ariv.)

Ainsi, Rabin disposait alors d’un document qui ne serait pas signé par les seules personnes qu’il voulait le faire signer : les représentants (certes non élus) des 1,8 million de Palestiniens vivant dans les territoires. Il devait décider s’il convenait de laisser ce “moment historique” s’évaporer ou bien de conclure un accord avec l’OLP-Tunis, organisation qui se considérait elle-même, et qui était considérée par la majeure partie du monde comme le gouvernement en exil de l’Etat de Palestine.

Rabin, ayant manifestement le sentiment d’avoir atteint le point de non-retour, décida de signer. A ce stade, revenir à sa politique originelle aurait signifié qu’ayant enfreint sa promesse de ne pas traiter avec l’OLP-Tunis, il revenait les mains vides. Cela aurait été un désastre politique pour lui en Israël et un prix qu’il n’était évidemment pas prêt à payer.

Pour rendre la reconnaissance finale de l’OLP plus acceptable, toutefois, il insista sur la nécessité de remplir trois conditions minimales, que même les colombes israéliennes les plus convaincues avaient toujours posées comme préalable aux négociations avec l’OLP : la reconnaissance par les Palestiniens du droit à l’existence d’Israël ; la renonciation au terrorisme par l’OLP et l’annulation des clauses de la Charte de l’OLP appelant à la destruction d’Israël.

C’est seulement alors que débutèrent des négociations fiévreuses, et au cours des dix jours qui suivirent, elles semblèrent donner des résultats. Israël et l’OLP allaient se reconnaître mutuellement, Arafat allait s’engager à modifier la charte de l’OLP et l’OLP à renoncer au terrorisme et à le dénoncer. Paradoxalement, si Shafi avait accepté de signer [l’accord avec Israël], rien de cela n’aurait été inclus dans l’accord. Mais malgré cela, l’OLP, qui avait déjà atteint ce qu’elle voulait – à savoir, la reconnaissance par Israël – ne donna pas à Israël tout ce qu’il réclamait.

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Ainsi, Israël demandait que la charte de l’OLP soit déclarée “caduque”. L’OLP accepta seulement une déclaration selon laquelle les clauses incriminées seraient “désormais privées d’effet et de validité”. La différence était subtile, mais suffisante pour faire de ce qui devait être un rejet déclaré une déclaration considérée, côté palestinien, comme une simple constatation.

Israël demandait aussi la cessation de la “lutte armée” – euphémisme habituel de l’OLP désignant les activités terroristes, sanctifiées comme un moyen sacré de parvenir à une fin sacrée. L’OLP refusa catégoriquement, et eut gain de cause. Elle rejetait tout aussi catégoriquement la demande israélienne de déclarer la fin du soulèvement, que l’OLP qualifiait “d’Intifada bénie”. (Une source haut-placée de l’OLP avait déclaré au quotidien israélien Haaretz que les Israéliens n’avaient pas même exigé la fin de l’Intifada, mais seulement de ses manifestations les plus violentes).

Pérès insista pour que les lettres de reconnaissance mutuelle échangées par Arafat et Rabin incluent l’engagement d’Arafat à appeler le peuple palestinien à ne pas recourir au terrorisme. Mais Pérès était persuadé qu’il serait inconvenant pour Arafat de s’adresser à son peuple par le biais d’un accord avec Israël. Au lieu de cela, la promesse d’un tel appel fut incluse dans une lettre au ministre norvégien des Affaires étrangères, Jorgen Holst (qui devait décéder quatre mois plus tard).

La lettre de reconnaissance adressée par Arafat à Rabin contenait également un engagement à punir les membres de l’OLP qui n’obéiraient pas à l’injonction de suspendre toute activité terroriste. Cela était exigé non pas par les Israéliens, mais par le Secrétaire d’Etat Warren Christopher, qui pensait avoir besoin de cet engagement pour faire abroger l’interdiction [des contacts] avec l’OLP par le Congrès. (Une curieuse tentative de dernière minute pour obtenir le parrainage américain de l’accord fut réalisée par Pérès lors d’un bref voyage aux Etats-Unis. Mais Christopher rejeta poliment la demande israélienne. “Les Norvégiens sont les sponsors”, affirma-t-il à la presse).

Une fois que le comité exécutif de l’OLP eut approuvé la Déclaration de Principes, elle dut être signée par Pérès et Abou Mazen au Département d’Etat à Washington. Mais l’OLP y vit l’occasion de faire inviter Arafat à la Maison Blanche. L’administration Clinton, avide de succès en politique étrangère, se jeta sur l’idée avec empressement. Au lieu de permettre à Pérès de conduire la délégation israélienne, elle proposa d’inviter Rabin. Ce dernier refusa tout d’abord. Mais lorsque Christopher l’appela (à six heures du matin le shabbat), il changea d’avis. Cela permit à Arafat – qui était alors encore considéré comme un terroriste recherché aux Etats-Unis – de faire à Washington une entrée de chef de gouvernement. Arafat n’était sans doute pas préparé à voir les Etats-Unis accepter l’idée avec un tel empressement. Son avion, cadeau de Saddam Hussein arborant encore les couleurs irakiennes, dut être en hâte repeint aux couleurs de l’Algérie, car les avions irakiens étaient interdits aux Etats-Unis.

A six heures du matin le 13 septembre, Ahmed Tibi – gynécologue arabe israélien qui était également conseiller politique d’Arafat (exemple frappant de double allégeance) – fut réveillé par un appel de son chef. “Je n’ai pas dormi de la nuit”, lui dit Arafat. “Si l’OLP [au lieu de la délégation officielle à Washington] n’est pas nommée comme représentante de la partie palestinienne à l’accord, je ne signerai pas”.

Informé de l’ultimatum d’Arafat, Pérès menaça tout d’abord de quitter Washington. Mais en quelques minutes, selon Tibi, un “compromis fut trouvé” : Abou Mazen écrirait “OLP” sur le document où figurait l’expression “délégation palestinienne”. Selon le récit de Tibi, lorsqu’Arafat apprit que Pérès avait accepté ce “compromis” – en réalité, une capitulation – il fut incrédule. “Es-tu certain qu’ils acceptent?” demanda-t-il à Tibi. “L’homme [Pérès] est à côté de moi”, rétorqua Tibi. “Alors je t’embrasse sur la tête”, répondit Arafat, et Tibi s’empressa d’aller s’habiller pour la cérémonie.

Les Israéliens avaient reçu la promesse qu’Arafat ne porterait pas d’uniforme militaire et ne porterait pas d’arme pendant la cérémonie. Il avait embarqué dans un avion à Tunis, portant un uniforme, armé, mais à la Maison Blanche il apparut sans son arme. L’uniforme était toujours sur lui. Les Israéliens le qualifièrent de “costume vert”.

Le résultat fut que, prêt à tout pour obtenir ce qui serait perçu comme un succès, Rabin était devenu une proie facile. En laissant les négociations s’embourber et en refusant à Israël un partenaire désireux de signer un accord, Arafat avait amené Rabin à transgresser les anciens tabous et à franchir toutes les lignes rouges. Il avait aussi amené Rabin à accepter des promesses qui seraient oubliées sitôt prononcées.

Ainsi, déçu par le refus de l’OLP de proclamer la fin de la “lutte armée” et de l’Intifada, les officiels israéliens expliquèrent ce refus comme découlant du besoin d’Arafat de “sauver la face” ; les engagements pris envers Holst, soutinrent-ils, signifiaient en effet la fin totale de la violence. Pourtant, dans de nombreux messages de l’OLP dans les territoires, culminant dans un appel aux activistes de Gaza en janvier 1994, Arafat promettait que l’Intifada “continuerait et continuerait encore”. Et de fait, après la signature de l’accord, on n’assista à aucun relâchement de l’Intifada ou du terrorisme.

De nouveau, dans sa lettre à Holst, Arafat promit qu’il lancerait son appel contre la violence dès que la Déclaration de Principes serait officiellement signée. Non sans raison, les Norvégiens, les Américains et les Israéliens attendaient tous de lui qu’il le fasse dans son discours à la cérémonie de signature à la Maison Blanche. Attendant de lui qu’il prononce les mots magiques, Ehud Ya’ari, commentateur de la télévision israélienne qui couvrait l’événement, saisissait chaque pause dans le discours d’Arafat pour annoncer : “A présent il va dénoncer le terrorisme… à présent il va dire… à présent il ne lui reste plus qu’à dire…” C’est seulement après le dernier paragraphe du discours que Ya’ari se rendit à l’évidence : “Il ne l’a pas dénoncé”, avoua-t-il, abasourdi.

Arafat refusa également de fixer une date pour mettre en œuvre les changements de la charte de l’OLP qu’il s’était engagé à réaliser. Il ne paraissait pas non plus probable que la majorité des deux tiers nécessaire soit trouvée au sein du “parlement” de l’OLP, le Conseil national de la Palestine (CNP), pour ratifier de telles modifications. Et dans tous les cas, Arafat lui-même continuait d’affirmer qu’il n’avait pas l’intention de faire modifier la charte. Comme l’exprima son collègue, Ziad Abou Zayyad : “Nous demander d’abolir des parties de la charte équivaudrait à vous demander d’abolir la Bible. »

Arafat était suivi par les médias pendant toute la journée de la signature. Ce qu’ils s’abstinrent de dire était qu’il s’était adressé au peuple palestinien à la télévision jordanienne, le même jour. Dans son discours, il ne mentionna ni l’arrêt du terrorisme, ni la paix ou la coexistence avec Israël. Au lieu de cela, il décrivit l’accord signé comme la première étape du “plan de 1947” – connu par tous les Arabes comme désignant le “plan par étapes” en vue de la destruction d’Israël.

Il n’avait pas besoin de donner plus de précisions, sachant qu’il serait compris des siens. Le tremplin que l’accord venait de lui offrir allait lui ouvrir la voie très rapidement à la création d’un Etat palestinien indépendant à Gaza, en Judée et en Samarie avec Jérusalem pour capitale ; et cela faciliterait la poursuite du combat pour le “droit au retour” d’un à deux millions de Palestiniens dans les frontières d’’Israël d’avant 1967, qu’ils considéraient toujours comme leur patrie.

Pourtant, aucun gouvernement israélien, pas même le plus à gauche ou le plus modéré, ne pourrait accepter un tel résultat. Et, malgré la disposition de l’accord prévoyant une période intérimaire d’autonomie, l’OLP n’avait aucune intention d’attendre la pleine souveraineté ou de se contenter de moins que cela. Ainsi, selon toute probabilité, l’accord allait voler en éclats dès les premières phases, en réduisant à néant les attentes irréalistes qu’il avait fait naître imprudemment des deux côtés, suscitant l’amertume et la colère des Israéliens comme des Palestiniens, en conduisant non à la paix mais à une confrontation sanglante à grande échelle.

* Yigal Carmon est le Président Fondateur de MEMRI.

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