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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 09:27

Défilé militaire du Hezbollah dans la ville syrienne de Qousseir : tanks, canons et mitrailleuses

defile

 

Le 13 novembre 2016, le Hezbollah a célébré sa Journée annuelle du Martyre en organisant son premier défilé militaire dans une ville syrienne. Le défilé a eu lieu à Qousseir, reprise par le Hezbollah en 2013 après une longue et sanglante bataille contre les forces rebelles, et devenue désormais le principal symbole de l’ingérence de l’organisation dans la guerre en Syrie, aux côtés du régime d’Assad. [1]

Des articles et photos du défilé ont été postés sur les sites et médias sociaux affiliés au Hezbollah. Plusieurs centaines de combattants en uniforme ont défilé ; des tanks, des véhicules blindés, des mitrailleuses et d’autres armes ont été exposés. Selon le site libanais nn-lb.com, des combattants des brigades du Hezbollah nouvellement formées, appartenant à la Division blindée, ont participé au défilé, ainsi que des fantassins de la force d’intervention de l’organisation qui combattent en Syrie et constituent le fer de lance de l’armée du Hezbollah.

Hashem Safi Al-Din, président du comité exécutif du Hezbollah, a pris la parole lors du défilé, au nom du secrétaire général de l’organisation, Hassan Nasrallah, également considéré comme le commandant en chef de l’organisation. Safi Al-Din a abordé diverses questions militaires et politiques liées à la Syrie. [2]

Notons que Qousseir est considérée comme stratégique pour le Hezbollah en raison de son emplacement près de la partie nord de la vallée de la Beqaa, qui constitue l’un des bastions du mouvement au Liban. Selon certaines informations, depuis qu’il l’a reprise aux mains des rebelles en 2013, le Hezbollah a vidé la ville de ses habitants et en a fait un quartier général et un lieu de rassemblement à partir duquel ses combattants se déplacent en Syrie. Le Hezbollah considère également la zone de Qousseir comme une zone-tampon importante, empêchant les combattants salafistes-djihadistes de pénétrer au Liban.

Mazen Ibrahim, chef du bureau d’Al-Jazeera à Beyrouth, a émis l’hypothèse que le défilé était destiné à faire passer un certain nombre de messages à divers éléments impliqués dans la crise en Syrie, tant au Liban qu’ailleurs. Le Hezbollah, écrit-il, a voulu montrer qu’il ne se livrait plus à une guerre de gangs, mais qu’il constituait une grande armée combattant au-delà des frontières internationales, et un partenaire majeur du régime syrien, non seulement militaire, mais aussi en matière de prise de décisions, avec lequel il faudrait compter dans toute solution à la crise syrienne. [3]

Soulignons également que le site d’opposition syrien Orient News a rapporté, citant des « sources exclusives », que le défilé comprenait des chars M113 appartenant à l’armée libanaise et que ces chars seraient entrés en possession du Hezbollah dans le cadre d’un accord conclu entre des officiers corrompus de l’armée libanaise et le mouvement. Selon les sources, si ces faits sont avérés, le Liban pourrait perdre son aide militaire étrangère [4].

Photos postées le 13 novembre 2016 sur le site affilié au Hezbollah Arabipress.org

Photos postées le 13 novembre 2016 sur le site de presse Nn-lb.com

Photos postées le 14 novembre 2016 par le journal libanais Al-Diyar

Lien vers l’article en anglais

Notes : 

[1] Les sites web du Hezbollah qui ont couvert le défilé ont souligné l’importance de sa tenue à Qousseir, la ville étant devenue un symbole militaire et sécuritaire pour l’organisation et la région ayant servi de porte d’entrée pour les forces du Hezbollah vers la Syrie, au début de leur ingérence dans la guerre. Voir arabipress.org, 13 novembre 2016.

[2] Nn-lb.com, alhadathnews.net, arabipress.org, 13 novembre 2016

[3] Al-Jazeera.net, 14 novembre 2016.

[4] Arabipress.net, 13 novembre 2016.

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 09:23

Une Erythréenne évadée de l’EI raconte son calvaire

femme

Une Erythréenne capturée par l’Etat islamique en Libye a raconté, après avoir fui l’Érythrée, qu’elle s’était convertie à l’islam sous peine d’être massacrée. Ella a rapporté avoir été utilisée, avec d’autres captives, comme esclave sexuelle. « Ils veulent que nous portions des enfants afin que leur nombre augmente », a-t-elle affirmé dans une interview télévisée diffusée sur Alaan le 2 novembre 2016. « [Les membres de l’] EI sont mauvais. Ils massacrent et coupent des mains. »

Extraits :

Yudit Tasfadit : Mon nom est Yudit Tasfadit.

Journaliste : D’où êtes-vous ?

Yudit Tasfadit : D’Erythrée. On nous a fait venir clandestinement par le désert.

Journaliste : Parlez plus fort.

Yudit Tasfadit : Nous sommes entrés dans une maison pour chercher du travail et gagner un peu d’argent. Ensuite, nous nous sommes rendus dans une autre petite ville de Libye. C’est là que l’Etat islamique nous a capturés. Ils ont séparé les femmes des hommes et les ont emmenés dans différentes prisons.

Nous étions environ quinze filles, dont deux qui étaient enceintes. Après environ un mois et demi, ils nous ont conduites dans une autre prison, à Syrte. Quatre des filles ont réussi à s’échapper. Sept jours après l’accouchement de l’une des femmes enceintes, nous avons également essayé de nous échapper mais l’EI nous a rattrapées.

Nous nous sommes converties à l’islam, car ils nous ont dit que si nous ne le faisions pas, nous serions massacrées, avec nos enfants. Après notre conversion à l’islam, l’un de nos gardiens nous a dit : « Selon l’islam, vous êtes considérées comme des prisonnières de guerre. Vous allez nous servir, vous marier et donner naissance à des enfants, et nous vous offrirons en cadeaux ou nous vous vendrons comme bon nous semble. » Ils veulent que nous portions des enfants afin que leur nombre grandisse.

Ensuite, nous avons été remises à un homme de l’EI. Il pouvait faire de nous ce qu’il voulait. Il pouvait nous donner à quelqu’un d’autre en cadeau, nous vendre, ou nous garder avec lui. Il y avait une fille parmi nous [qui a été violée] par cinq membres de l’EI : un Soudanais, un Egyptien, un Libyen, un Ghanéen et un Nigérien. [Les membres de l’]EI sont mauvais. Ils massacrent, et ils coupent des mains. Tout ce qui les intéresse est que nous leur donnions de nombreux enfants.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 01:35

Le monde arabe réagit avec un optimisme prudent et l’espoir d’une coopération future à la victoire présidentielle de Trump

cartoon

L’élection de Donald Trump comme 45e président des Etats-Unis a été accueillie dans le monde arabe avec des sentiments mitigés. Si la Syrie et l’Egypte ont accueilli favorablement le résultat de l’élection, exprimant leur espoir de coopération avec la nouvelle administration américaine, les réactions dans les Etats du Golfe, notamment en Arabie saoudite et au Qatar, ont été plus ambivalentes. Les pays du Golfe ont manifesté leur joie devant le départ de l’administration Obama, qui les avait considérablement déçus avec sa politique vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie, et ont exprimé un espoir prudent que la politique de Trump serait entièrement différente. Toutefois, ils se sont dans le même temps montrés préoccupés par ses déclarations hostiles envers les musulmans.

Les différentes positions des pays arabes se sont manifestées à travers les réactions de leurs dirigeants à la victoire de Trump. Le président égyptien Abd Al-Fattah Al-Sissi fut l’un des premiers dirigeants à l’appeler pour le féliciter, et l’a également invité à se rendre dans son pays.[1] D’autres, parmi lesquels le monarque saoudien Salman, se sont contentés d’envoyer des lettres de félicitations, en soulignant l’importance des relations entre leur pays et les Etats-Unis.

Le présent document examine les réactions de plusieurs pays arabes à la victoire de Trump, exprimée dans des déclarations officielles et des articles de presse, notamment les éditoriaux de journalistes de renom. Notons que pour l’heure, la presse palestinienne n’a pas encore publié d’éditoriaux concernant la victoire de Trump.

Egypte : Nous attendons de Trump qu’il insuffle un nouvel esprit dans les relations entre l’Egypte et les Etats-Unis

Le régime égyptien, sous la direction du président Abd Al-Fattah Al-Sissi, a accueilli favorablement l’élection de Trump. Dès l’annonce de sa victoire, Al-Sissi fut l’un des premiers à l’appeler pour le féliciter.[2] Un communiqué de la présidence égyptienne stipulait : « L’Egypte espère que le mandat présidentiel de Trump insufflera un nouvel esprit dans les relations entre les deux pays » et que les deux pays se rapprocheront.[3]

Le rédacteur en chef du quotidien officiel égyptien Al-Ahram : la victoire de Trump est une opportunité pour l’Egypte de retrouver sa prééminence régionale et internationale

Mohammed Abd Al-Hadi Allam, rédacteur en chef du quotidien officiel égyptien Al-Ahram, a écrit dans une veine similaire :

La conversation téléphonique entre le président égyptien Abd Al-Fattah Al-Sissi et le président américain élu Donald Trump, et les félicitations adressées [par Al-Sissi à Trump], sont le reflet direct du désir sincère du premier d’entretenir des relations solides avec un pays qui, durant trois décennies, entretenait des liens stratégiques, diplomatiques et économiques étroits avec l’Egypte – même si, au cours des dernières années, ces relations ont été marquées par des désaccords concernant les affaires intérieures [égyptiennes] et les questions de sécurité, qui ont engendré un schisme entre le plus grand pays arabe et le pays le plus puissant du monde…

La victoire de Trump et la défaite de Clinton assènent un coup terrible aux fondements du projet tamkin [le plan des Frères musulmans pour renforcer la domination de l’islam en Egypte] et pavent la voie à l’Egypte pour qu’elle retrouve son rôle naturel de pivot du Moyen-Orient et du monde arabe. L’opportunité existe, et les deux parties doivent la saisir. Si nous voulons saisir cette opportunité de coopérer avec la nouvelle administration de Washington, qui comprend que l’Egypte ne peut remplir son rôle que s’il existe une coopération et une compréhension sur les questions cruciales, nous devons reformuler notre [position] et opérer des changements, afin de pouvoir jouer un rôle plus central et de pouvoir se mesurer aux positions de certains pays de la région qui soutiennent ouvertement les organisations terroristes.[4]

Des sentiments similaires ont été exprimés par Ahmed Abd Al-Tawab dans Al-Ahram :

Quels que soient les commentaires sur ses idées, concernant principalement les questions intérieures américaines… nous devons désormais considérer les points positifs sur lesquels nous pouvons collaborer avec lui, notamment au vu de ses remarques explicites sur la guerre contre le terrorisme, et en particulier sa promesse d’éliminer l’Etat islamique (EI).

Quant à Hillary Clinton, sa défaite est largement bénéfique à l’Egypte et à la région arabe. Elle était impliquée dans toutes les actions destructrices qui ont nui à la région depuis qu’elle est devenue Secrétaire d’Etat. C’est elle qui a adopté et a contribué à diffuser la politique de confiance dans le soi-disant « islam modéré », qui inclut les Frères musulmans (FM) dans ce camp modéré. Ainsi, les FM déplorent sa défaite, car elle s’était leurrée en croyant avoir une longueur d’avance et leur avait promis de les aider à revenir au sein de la vie politique égyptienne. Elle se vantait également de son soutien à Israël et remettait en question celui de son rival Trump. Elle a même fait monter d’un cran la campagne présidentielle par des slogans exagérés concernant celui qui soutiendrait le plus Israël ! Elle a également reconnu la participation américaine à la création de l’organisation terroriste Al-Qaïda. Trump l’a déjà accusée d’avoir participé à la création de l’EI.[5]

De l’autre côté, le rédacteur en chef d’Al-Shurouq Imad Al-Din Hussein, réputé pour être critique envers le régime d’Al-Sissi, a écrit :

Nous oublions que ce sont l’extrémisme et le terrorisme grandissants de diverses organisations au nom de l’islam et leurs opérations en Europe et aux Etats-Unis qui ont favorisé la progression de l’extrémisme occidental. Les extrémistes du monde entier, notamment ceux de l’EI, seront les premiers à se réjouir de la victoire de Trump, qui leur insufflera un nouveau souffle.

Nous autres en Egypte et dans le monde arabe devons lire et comprendre les sentiments véritables des Américains, leur manière de penser, et ce qui les a motivés à élire un homme que presque tout le monde considère comme un fou. La plupart des dirigeants du monde n’aspiraient pas à la victoire de Trump, et certains ont même reconnu ouvertement espérer sa défaite. Mais tous les hommes politiques vont oublier cela pour regarder de l’avant. C’est la réalité qui prévaut dans le monde cruel de la politique…

Personnellement, en toute sincérité, j’ai peur des [futures] surprises [de Trump, qui peuvent représenter] le danger le plus grave pour le monde. Mais en politique, nous devons apprendre à nous montrer pragmatiques et devons totalement séparer les émotions et les aspirations des intérêts…[6]

Le présentateur égyptien Tamer Amin : Au moins, Trump affirme être votre ennemi en face – alors que les démocrates se cachent derrière des milliers de masques

Sur la chaîne télévisée égyptienne Al-Hayat, le 9 novembre, le présentateur Tamer Amin a déclaré qu’il était heureux de la victoire de Trump, ajoutant qu’il ne pouvait supporter la politique d’Obama au Moyen-Orient. Il a accusé Clinton d’avoir créé et financé l’Etat islamqiue. Il a ajouté que les Républicains disaient la vérité en face, tandis que les démocrates ont « 70 visages et un million de masques ». Il a conclu en affirmant : « Nous nous félicitons de pouvoir voir la First Lady Trump ainsi que sa fille, qui est un réel plaisir pour les yeux. »

 Lire la suite de l’article en anglais

Notes :  

[1] Sur la préférence du régime égyptien pour Donald Trump versus Hillary Clinton pendant la campagne électorale, voir Enquête et analyse de MEMRI n° 1278, Egypt’s Severe Economic Crisis Sparks Harsh Criticism Of Regime’s Economic Policy, Calls To Topple Regime On November 11, 10 novembre 2016.

[2] Al-Ahram (Égypte), 9 novembre 2016.

[3] Al-Watan (Egypte), 9 novembre 2016.

[4] Al-Ahram (Égypte), 11 novembre 2016.

[5] Al-Ahram (Égypte), 10 novembre 2016.

[6] Al-Shurouq (Égypte), 10 novembre 2016.

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 01:33

L’intellectuel réformiste iranien Zibakalam refuse de piétiner les drapeaux américain et israélien

drapeau

Dans une vidéo mise en ligne sur Internet, l’intellectuel réformiste iranien Sadegh Zibakalam refuse de piétiner les drapeaux américain et israélien et repousse des étudiants l’incitant à le faire. Pr Zibakalam explique ensuite lors d’une émission télévisée que marcher sur le drapeau d’une nation, quelle qu’elle soit, constitue un manquement au respect dû à cette nation. Les images des incidents et de l’interview ont été postées sur la page Facebook de Zibakalam en novembre 2016.

Extraits :

5 novembre 2016

Zibakalam évite de piétiner les drapeaux américain et israélien.

Des étudiants essaient de forcer Zibakalam de piétiner les drapeaux américain et israélien.

10 novembre 2016

Pr Sadegh Zibakalam : C’est une erreur de brûler le drapeau d’une nation, quelle qu’elle soit. C’est manquer de respect à l’égard de cette nation. Poser le drapeau d’un pays par terre et le piétiner est une erreur, un signe d’irrévérence envers cette nation. Vous agissez de la sorte, et ensuite quelque [Iranien] basé à Londres se plaint qu’à son voyage aux Etats-Unis, il a été fouillé de la tête aux pieds à l’aéroport. Que même ses yeux ont été scannés. C’est un acte d’irrespect.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 01:31

Reportage télévisé sur une brigade de femmes yézidies combattant l’EI

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Un reportage télévisé diffusé sur Alaan TV le 9 octobre 2016 présente la « Brigade du Soleil », une unité composée de jeunes Yézidies évadées ou ayant témoigné d’atrocités perpétrées par l’organisation contre leurs familles, qui disent leur détermination à combattre l’Etat islamique (EI). Selon le reportage, la brigade se compose de 140 combattantes désireuses de se joindre aux forces des Peshmergas qui affrontent l’EI.

Extraits :

Inas, membre de la Brigade du Soleil : J’ai été captive des activistes de l’EI pendant deux mois. Ils ont tué ma sœur sous mes yeux ; je ne pouvais rien faire pour l’aider. Après toutes sortes de crimes qu’ils ont commis contre nous, j’ai réussi à m’échapper. Ensuite, j’ai rejoint cette brigade pour combattre l’EI et venger la mort de ma sœur.

Voix du journaliste : Inas est l’une des femmes ayant rejoint la « Brigade du Soleil » dans le but de riposter aux crimes de l’EI, qui a occupé leurs terres, commis des massacres et attaqué des femmes. Alaan News a rendu visite à ces jeunes femmes dans le district de Sanuni, où se trouve le siège de la brigade des « Filles du Soleil », et les a interrogées. Elles nous ont dit que le but de cette brigade est de participer à la défense de leurs régions et d’empêcher que les crimes commis contre elles se répètent.

La brigade des « Filles du Soleil » est composée de 140 jeunes femmes kurdes yézidies et se trouve dans le Kurdistan irakien. Ces jeunes femmes ont été capturées par l’EI, qui a perpétré des campagnes d’extermination contre leurs familles.

Commandante des « Filles du Soleil » : Des centaines de filles souhaitent se porter volontaires pour rejoindre la brigade. La plupart d’entre elles ont été retenues en captivité par l’EI, et leurs familles ont été tuées ou ont subi des violences. La brigade a été créée pour lutter contre l’organisation terroriste EI. Nous sommes toutes prêtes à participer aux combats sur les lignes de front.

Voix du journaliste : La commandante de la brigade et les commandantes de l’escouade sont fortement résolues à combattre et à participer aux batailles contre le terrorisme. Les commandantes ont souligné que les filles sont prêtes à prendre part aux combats, et qu’elles ont déjà participé à deux batailles, dont l’une était la libération de Sinjar.

Membre des « Filles du Soleil » : Nous sommes 140 jeunes femmes dotées de toutes les capacités de combat. Nous sommes formées à l’utilisation de nombreux types d’armes. Nous menons nos propres patrouilles et défendons nos régions. Nous voulons participer aux batailles, jusqu’à ce que soit nettoyé chaque centimètre de notre terre.

Voix du journaliste : Ces filles ont été formées à l’utilisation de nombreux types d’armes, afin d’être préparées aux batailles contre l’EI. Ces filles ont souligné qu’elles voulaient soutenir les forces des Peshmergas dans les combats menés sur les lignes de front.

Membre yézidie des « Filles du Soleil » : Je suis une fille yézidie ayant rejoint la brigade afin de faire partie des forces des Peshmergas qui combattent l’EI. Après avoir assisté à l’enlèvement de nos jeunes filles et à l’assassinat de nos hommes, j’ai décidé de combattre l’EI jusqu’à mon dernier souffle et jusqu’à ce que nos régions soient libérées des terroristes.

Voix du journaliste : Ces filles n’ont qu’un seul désir : combattre l’EI. Elles attendent avec impatience de participer aux batailles et de remporter la victoire, pour riposter aux crimes de l’EI dont ont été victimes leurs familles et pour défendre leurs régions. [...]

 

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 01:22

La chanteuse saoudienne Shams Bandar rejette les notions politiques et religieuses traditionnelles : Des Vierges aux yeux noirs ? Dieu n’a pas ouvert un hôtel au Paradis

chanteuse

La chanteuse saoudienne Shams Bandar, également connue sous le nom de « Shams la Koweïtienne », a rejeté l’idée que l’expression « hur al-ayn » fasse référence aux vierges aux yeux noirs du Paradis, disant : « Il est inconcevable que [Dieu] crée l’homme, le choie, et lui construise un Paradis avec des vierges aux yeux noirs dans le style de Bollywood. […] Notre Dieu n’a pas ouvert d’hôtel là-bas. »

Dans l’interview, diffusée le 2 novembre 2016 sur la chaîne égyptienne Al-Nahhar, Shams a déploré que les Arabes reportent tous leurs problèmes sur « les autres », et proposé que l’Égypte s’isole du monde arabe pour se concentrer sur la résolution de ses problèmes économiques.

Extraits :

Shams Bandar : L’esprit collectif arabe a un problème. Si nous ne reconnaissons pas l’existence de ce problème, nous ne pourrons jamais le régler. La première étape vers une solution est d’admettre qu’il y a un problème. Nous, Arabes, sommes très forts pour reporter nos problèmes et nos inquiétudes sur les autres. Si nous ne pouvons trouver quelqu’un sur qui reporter nos problèmes, nous les reportons sur les jinns et les démons. il nous faut toujours un « autre ». Je ne suis pas une adepte de la controverse, mais je dis ce que les autres gens du spectacle ont peur de dire. […]

Le gouvernement saoudien ne s’oppose pas à ce que les femmes conduisent. Ma chanson sur le sujet n’était pas dirigée uniquement contre l’Arabie saoudite. Nous avons des coutumes et des traditions, et si l’Egypte succombe à l’idéologie extrémiste, elle affrontera la même situation, car la première chose que l’idéologie extrémiste fait, c’est de prendre les coutumes et les traditions et de les incorporer à la religion. […] Le gouvernement du royaume d’Arabie saoudite soutient les droits des femmes et la libération naturelle des femmes, mais le problème est celui de la population, non du gouvernement. […]

C’est comme si 1 400 ans de religion islamique – ou disons de religion en général – reposaient sur les 16 cheveux que les femmes ont ici, et c’est tout ; il n’y pas eu de mensonges, d’assassinats, de pillage, pas de corruption. C’est comme si on n’avait de comptes à rendre sur rien dans l’islam – hormis la situation des femmes et leur libération.

Journaliste : Tous les autres problèmes… tout va bien…

Shams Bandar : Exact. Il n’y a rien d’autre – pas de pauvreté, pas de famine. Rien de tout cela ne pose problème. Tout ce qui compte, c’est que la femme ne soit pas libérée. […]

Toutes les chanteuses et actrices sont filmées dansant entre femmes lors des mariages, mais puisque certains me voient comme une provocatrice, je suis la seule qui leur pose un gros problème quand je danse. De toutes façons, quel est le problème avec  le fait de danser ? Quand quelqu’un compte 1-2-3-4 [ébauche de mouvements de danse], c’est exactement comme de faire du sport. Vous ne pouvez juger mon cerveau par le fait que je danse. Vous ne pouvez me persécuter parce que je danse. Je danse, d’autres gens dansent, et le monde entier dansera. J’espère que le jour viendra où nous n’aurons plus parmi nous un seul extrémiste qui nous fasse pleurer… Espérons que la vie ne sera que danse plutôt que pleurs, problèmes, guerres et révolutions, et toute la saleté de la vie dans le monde arabe. Revenons aux temps de la danse. […]

Il est dit, de bout en bout du Coran, que [les hommes et les femmes] sont égaux. Il est inconcevable que [Dieu] crée l’homme, le choie et lui construise un Paradis avec des vierges aux yeux noirs dans le style de Bollywood…

Journaliste : Les vierges font penser à un film de Bollywood ?

Shams Bandar : Absolument, notre Dieu n’a pas ouvert d’hôtel là-bas. Il est honteux de dire une chose pareille. Allah est trop noble pour considérer un type qui se fait exploser juste pour voir des filles. Il pouvait voir des filles ici-bas et nous laisser tranquilles, dans ce cas. Vous comprenez ?

Journaliste : Mais beaucoup de ceux qui y croient le comprennent de cette façon.

Shams Bandar : Ce n’est pas de la compréhension. C’est une idéologie qui leur a été injectée. Malheureusement, si vous regardez les programmes scolaires, vous verrez que c’est ce qu’ils vous disent. Mais si vous examinez la philosophie du Coran et les vraies paroles d’Allah… C’est un Dieu, pas juste quelqu’un qui vous dit : Si tu arrives au Paradis, on te préparera quelques filles. C’est honteux.

Journaliste : Mais les hur al-ayn [vierges aux yeux noirs] sont mentionnées dans le Coran.

Shams Bandar : Mon cher Khaled, si vous examinez la langue arabe, vous voyez que les mots ayn et hur ne peuvent se rapporter à des femmes. C’est honteux.

Journaliste : Alors, cette interprétation est aussi le résultat d’une idéologie extrémiste ?

Shams Bandar : Non, c’est un appât. Si je veux vous mener quelque part, la première chose que je fais, c’est vous interdire tout contact avec les femmes, déclenchant ainsi chez vous une frustration [sexuelle]. Comment vous libérer de cette frustration ? En créant une illusion. [...] Comment vais-je compenser votre frustration ? En inventant l’histoire selon laquelle le grand Seigneur, qui a créé l’univers, le ciel et les étoiles, a placé quelques filles pour vous accueillir lorsque vous vous ferez exploser ou deviendrez martyr… Vous avez dit que vous avez un problème avec la signification de « hur al-ayn », mais n’avez-vous pas de problème avec le sens du martyre ? Aujourd’hui, si vous faites sauter des innocents de quelque religion que ce soit, vous devenez un martyr. [...]

Journaliste : Vous n’êtes donc pas d’accord avec tous les jurisconsultes qui ont interprété les mots hur al-ayn

Shams Bandar : Peu m’importe…  « Consultez votre cœur, même si vous êtes consulté par d’autres. » D’ailleurs, le Coran n’a pas d’interprètes, car notre Seigneur est trop grand pour qu’un esclave l’interprète.

Journaliste : Pas d’interprètes…

Shams Bandar : Bien sûr que non, c’est la parole de notre Dieu, si quelqu’un avait le droit d’interpréter le Coran, c’était le Prophète Mahomet. [...]

Journaliste : Alors ces commentateurs coraniques ne jouent aucun rôle dans votre vie ?

Shams Bandar : Je ne suis que des considérations humaines. Mon cœur me dit si quelque chose est vrai ou faux. [...] Le mot « exégèse » n’apparaît pas dans le Coran. Ce ne sont que des théories. [...] Il est illogique d’appliquer à ma personne une théorie datant de 1 400 ans. [...] Dans le Coran, seules 14 choses sont interdites. Or nous avons 7 millions d’interdictions. Nous saluons toutes les interdictions. Tout nous est interdit. [...]

Journaliste : Comment voyez-vous l’Egypte aujourd’hui ? Est-elle sur le point de prendre feu, ou quoi ?

Shams Bandar : L’Egypte… Voulez-vous la vérité ?

Journaliste : Non. Mentez-moi. [rires]

Shams Bandar : Je suis affectée, car pour moi, l’Egypte est la « porte sûre » du monde arabe, et même du monde islamique, d’ailleurs, car l’islam de l’Egypte a toujours été modéré et beau. [...] À mon humble avis, et j’espère ne pas être attaquée demain comme toujours… Ce qui est arrivé est une affaire intérieure. L’Egypte a davantage d’ennemis à l’intérieur qu’à l’extérieur. [...] Si vous résolvez votre problème économique, vous n’aurez pas d’autres problèmes. Depuis les années 1970, vous aviez un problème économique que vous dissimuliez. Vous vous êtes mêlés à toutes ces guerres panarabes. Vous devriez vous isoler de tout cela, travailler pour votre propre compte, laisser de côté le panarabisme – allez-y, attaquez-moi pour ces propos…

Journaliste : Vous ne voulez pas de panarabisme ?

Shams Bandar : Non.

Journaliste : Le panarabisme a été la chute de l’Egypte…

Shams Bandar : Bien sûr. [...]

Journaliste : Alors l’Egypte devrait s’isoler…

Shams Bandar : Bien sûr !

Journaliste : L’Egypte devrait se focaliser sur son industrie et laisser de côté le panarabisme… Et si l’Iran envahit le Golfe…

Shams Bandar : Regardez, le Golfe a suffisamment de force militaire et idéologique pour se défendre. Les choses sont différentes à présent. Les guerres ne sont plus combattues par des soldats contre des soldats. Les guerres sont désormais menées par des moyens technologiques, via Internet. L’Amérique n’envoie plus d’armées. Au contraire, ils font une crise d’épilepsie lorsqu’ils entendent le mot « guerre » car cela menace leurs politiques, leurs sièges parlementaires et leurs partis politiques. Ils ne peuvent pas gagner les élections à cause des guerres. Leur nation n’accepte plus cet état de fait. Alors ne reportons pas nos problèmes sur le monde.

 

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 23:23

Défilés contre l’Amérique organisés par le régime iranien pour fêter le 37e anniversaire de la prise en otage de l’ambassade américaine

manif

Les médias du régime iranien ont diffusé des images des défilés anti-américains du 3 novembre 2016, intervenus à travers l’Iran pour marquer l’anniversaire de la prise en otage de l’ambassade américaine de Téhéran en 1979. La foule, répondant aux appels des organisateurs, a scandé « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël ». Le général Hossein Salami, commandant adjoint du CGRI [Corps des Gardiens de la Révolution islamique], a prononcé le discours principal devant la foule à Téhéran. Dans diverses villes, on a brûlé des drapeaux américains dans le cadre de cérémonies organisées à cet effet. À Téhéran, une étoile de David bleue et blanche portant les mots « On ne peut faire confiance à l’Amérique », a été brûlée. Les images montrées ici ont été diffusées sur la Deuxième chaîne iranienne.

Extraits :

Foule : Mort à l’Amérique !

Mort à Israël !

Mort à l’Amérique !

Hossein Salami : L’Amérique n’est plus la première puissance mondiale. La volonté politique de l’Amérique ne peut plus dicter les évolutions politiques et militaires, notamment en Asie occidentale [Moyen-Orient] et dans le monde islamique. La puissance politique de l’Amérique a nettement décliné.

[…]

Foule : Amérique, Amérique, nous méprisons ta tromperie. Le sang de nos jeunes tombe goutte à goutte de tes griffes.

[…]

Foule : Mort à l’Amérique ! Mort à l’Amérique ! Le slogan de notre nation est « Mort à l’Amérique ! » Mort à l’Amérique ! Mort à l’Amérique !…

Affiches : Mort à l’Amérique ! On ne peut faire confiance à l’Amérique

Foule : « Tous vos cris – dirigez-les contre l’Amérique ! »

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 23:21

Une adolescente pro-EI basée en Belgique évoque ses voeux de martyre sur Twitter

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Du 7 juillet 2016 au 21 octobre 2016, une jeune fille francophone se faisant appeler « Um Shahid » a posté près de 900 messages sur Twitter, [1] faisant l’éloge des combattants djihadistes et en particulier de l’Etat islamique (EI), tout en exprimant son désir de mourir. Son éloge du martyre et du djihad indiquent qu’elle pourrait représenter un risque pour elle-même et autrui. Depuis le 21 octobre, il n’y a plus eu de tweets sur son compte.

Dernièrement ont été arrêtées en France plusieurs femmes soupçonnées de vouloir commettre des attentats au nom de l’EI sur le sol européen .

Photo de profil d’Um Shahid, montrant un combattant du djihad mourant.

Um Shahid écrit en français ; certains de ses tweets font valoir une compréhension partielle de l’arabe. Probablement adolescente, d’origine berbère, elle vit avec des parents musulmans en Belgique. Le rapport intégral accessible aux abonnés sur le site du JTTM se base sur son compte Twitter, mais les échanges avec ses followers indiquent qu’elle est également active sur Telegram, Facebook et Snapchat.

Ses messages révèlent une adhésion à l’idéologie djihadiste salafiste pro-EI. Son approche du takfir (le fait de déclarer autrui incroyant) est radicale, même en comparaison au commun des djihadistes. Par exemple, elle déclare que toute personne en la demeure de l’incroyance doit être considérée incroyante jusqu’à preuve du contraire.

Le 18 octobre, Um Shahid a posté une photo d’Abdelhamid Abaaoud, cerveau opérationnel des attaques de Paris, accompagnée d’une photo et du commentaire suivant : « Il nous manque … »

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 23:18

Le Guide suprême iranien Khamenei explique le slogan « Mort à l’Amérique »

khamenei

A la veille de l’anniversaire de la prise en otage de l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, le chef suprême iranien Ali Khamenei a évoqué, dans une allocution devant ses supporters, le « piétinement » des valeurs humaines aux États-Unis, expliquant le sens du slogan iranien « Mort à l’Amérique ». Il a déclaré que l’Iran était une « figure rayonnante » au Moyen-Orient, énumérant les pays où il « se tient la tête haute ». Le discours a été posté sur le site officiel de Khamenei et dans les médias sociaux.

Extraits :

Ali Khamenei : Les valeurs humaines ont été piétinées [aux Etats-Unis] : discrimination, controverses, racisme et violations des droits de l’Homme. Quand vous scandez « Mort à l’Amérique »… Lorsqu’on vous dit de diriger tous vos slogans contre l’Amérique, cela signifie : Mort à toutes ces choses [que l’Amérique représente].

Supporters : Mort à l’Amérique ! Mort à l’Amérique ! Mort à l’Amérique ! Mort à l’Amérique !… […]

Ali Khamenei : Aujourd’hui, la nation iranienne se tient la tête haute au Moyen-Orient. En Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen, dans la région du Golfe persique et où que vous regardiez, l’Iran est une figure rayonnante.

Supporters : Allah Akbar ! Allah Akbar !… Khamenei est le Guide ! Mort à ceux qui s’opposent au pourvoir du Jurisconsulte ! Mort à l’Amérique ! Mort à l’Angleterre ! Mort aux hypocrites et aux infidèles ! Mort à Israël !

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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 03:29

Combattre une culture de l’illusion : le long combat de Turki Al-Hamad

turki

Par Alberto M. Fernandez * 

Ecrire sur l’Arabie saoudite prête à la controverse. Ce pays a été à la fois un incubateur et une victime du terrorisme depuis des années. Il a été un allié solide des Etats-Unis sur plusieurs questions régionales et internationales. Le soutien du royaume saoudien au salafisme international depuis des décennies – qui s’est atténué ces dernières années – a également renforcé une forme extrêmement intolérante de l’islam, souvent aux dépens de formes locales, parfois plus tolérantes, de cette religion en Afrique et en Asie. Un pays qui a engendré 15 des 19 terroristes du 11 septembre, et dont les textes ont souvent été utilisés par l’Etat islamique à Raqqa, sans presque aucune révision, a beaucoup de réponses à donner.

Aujourd’hui, les Saoudiens sont devenus encore plus controversés. Les Etats-Unis apportent un soutien matériel à la mésaventure saoudienne au Yémen. Et le président Obama a opposé son veto à la Loi sur la justice contre les sponsors du terrorisme [Justice Against Sponsors of Terrorism Act (Jasta)], qui avait été adoptée à l’unanimité par le Congrès et qui aurait permis aux victimes des attentats du 11 septembre de poursuivre l’Arabie saoudite en justice. Tant le Yémen que le veto contre le JASTA peuvent être considérés comme des efforts de l’administration américaine actuelle pour gagner les faveurs de l’Arabie saoudite, qui est profondément perturbée par la politique extérieure américaine en Syrie, et notamment par la réponse apparemment très modérée des Américains à l’aventurisme iranien au Moyen-Orient. Les musulmans arabes sunnites sont évidemment très préoccupés, au-delà même des frontières du Royaume et aussi en Occident.

Mais la réalité saoudienne a toujours été plus compliquée que la ligne politique de la famille Saoud ou la politique étrangère saoudienne, ou même que la présence du salafisme. Il est évident qu’il existe aujourd’hui des efforts sincères pour introduire une sorte de réforme en Arabie saoudite, en particulier dans le domaine économique – réforme nécessaire autant que difficile.[1]

Mais bien avant les efforts de réforme actuels, et même dans les actions réussies des extrémistes, on peut distinguer un combat crépusculaire. Je me souviens avoir effectué une recherche sur le prêcheur extrémiste saoudien Awad Al-Qarni et avoir visionné une vidéo en 2012, dans laquelle il fulminait contre le Club littéraire Al-Qasim pour avoir eu la témérité de vouloir organiser une session concernant Al-Qasimi et Abdul Rahman Al-Munif.[2]

Al-Qasimi était l’athée le plus fameux de l’Arabie saoudite, tandis que le romancier Al-Munfi était un homme de gauche. Tous deux ont été privés de leur citoyenneté, calomniés, et ont péri en exil. Le fait qu’Al-Qarni (ainsi que le gouverneur d’Al-Qasim) étaient furieux de la simple possibilité d’un tel événement n’est pas inhabituel. Que certains en Arabie saoudite évoquent une telle chose était par contre assez surprenant.

Si le combat de certains jeunes membres de la classe libérale engagée en Arabie saoudite, comme le bloggeur Rair Badawi, a reçu récemment une attention médiatique considérable, d’autres figures plus anciennes sont parfois moins connues en Occident.[3]Une telle figure héroïque est l’analyste, romancier et professeur d’université Turki Al-Hamad. Certains connaissent Al-Hamad grâce à la couverture intensive des réformateurs et libres penseurs de langue arabe par MEMRI.[4] De manière ironique, une des figures religieuses les plus influentes d’Arabie saoudite (il y en a plusieurs) l’a également qualifié de « libre penseur hypocrite ».[5] Les expressions utilisées en arabe, munafiq et zindiq, sont beaucoup plus virulentes et dangereuses que ce que leur traduction en anglais peut laisser penser.

En sus de MEMRI, si Al-Hamad est aujourd’hui connu en Occident, c’est peut-être avant tout grâce à son œuvre littéraire.[6] Il a aussi bénéficié d’une couverture médiatique importante il y a environ une décennie, y compris par la BBC et d’autres médias.[7]

Turki Al-Hamad est né en Jordanie en 1953 de parents saoudiens venant de Buraydah. De manière intéressante, cette ville a été un foyer d’activisme salafiste extrémiste et de critiques éloquents comme Al-Qasimi et Al-Hamad.[8] Adolescent à Al-Dammam, dans la province saoudienne orientale, Al-Hamad était pro-baassiste. Il a été emprisonné pendant plus d’un an à l’âge de 18 ans, en raison de son activisme politique, avant de partir étudier aux Etats-Unis. Al-Hamad a décrit le « romantisme révolutionnaire » de la gauche qui attirait les jeunes Arabes de l’époque, le comparant à l’attirance exercée par l’islamisme sur les jeunes d’aujourd’hui.[9]

Al-Hamad a observé qu’il était demeuré de gauche à sa sortie de prison, mais qu’il était devenu plus ouvert à la critique des idéologies de gauche, ajoutant que « le Turki Al-Hamad qui est parti en Amérique n’est pas le même que celui qui en est revenu ».[10] Il a d’abord étudié au Colorado, puis a fini par obtenir son doctorat de l’université de Californie du Sud en 1985, avec une thèse portant sur « L’ordre politique dans des sociétés changeantes : la modernisation de l’Arabie saoudite dans un contexte traditionnel ». Al-Hamad s’est décrit comme un « marxiste engagé » lorsqu’il est parti aux Etats-Unis, mais lorsqu’il en est reparti, il rejetait le marxisme comme idéologie.[11] Il a pris sa retraite assez tôt, en 1995, après avoir enseigné à l’université King Saud pendant une décennie seulement, pour se consacrer à l’écriture.

Si Al-Hamad a attiré l’attention des religieux conservateurs et de la police religieuse très tôt, il n’a jamais dissimulé ses opinions. Il a entamé sa carrière comme éditorialiste dans le journal saoudien Al-Riyadh, puis est passé en 1990 au quotidien panarabe Al-Sharq Al-Awsat. Son premier roman est paru en arabe en 1995, premier volet d’une trilogie semi-autobiographique achevée en 1999. Même si cette trilogie trait de sujets controversés comme la politique, le sexe et la religion, elle est extrêmement fade selon les normes occidentales, mais reste suffisamment sauvage pour avoir été interdite en Arabie saoudite, même si elle demeure relativement facile à trouver pour un public de lecteurs dévoué mais restreint. Aussi récemment qu’en 2010, le ministre saoudien de la Culture s’est demandé comment ces livres interdits de manière ostensible, imprimés par l’éditeur Dar Al-Saqi à Beyrouth, peuvent encore figurer au Salon international du livre de Riyad.[12]

C’est le dernier roman de sa trilogie, Al-Karadib, qui a suscité la colère des islamistes. Dans ce livre, le personnage principal affirme en plaisantant que Dieu et le diable sont peut-être les deux faces de la même pièce.[13] En conséquence, plusieurs fatwas ont été prononcées par des religieux contre Al-Hamad, qui vit toujours à Riyad, l’accusant d’apostasie et appelant à le tuer. Selon certaines informations, le prince héritier de la couronne Abdullah a alors proposé la protection de gardes du corps à Al-Hamad. [14] Al-Hamad a décrit les fatwas comme étant plus une nuisance qu’autre chose, tout en prenant au sérieux les menaces de mort qu’elles renferment.[15]

Al-Hamad sur Al-Arabiya TV, MEMRI TV Clip # 235, 25 août 2004. 

Souvent qualifié de laïc et de libéral saoudien, Al-Hamad se méfie en général des étiquettes. Il s’est jadis décrit comme « un être humain et un citoyen qui souhaite le meilleur pour son pays et pour son peuple ». Aux yeux d’Al-Hamad, patriote saoudien, les éléments constitutifs essentiels d’une société saine sont le respect de la dignité humaine, de la liberté, de la justice pour tous et de l’égalité. Il ne rejette pas l’islam mais le considère comme opposé à la vision du monde totalitaire du salafisme, en particulier celle qui apparaît dans le discours du mouvement Sahwa (Réveil islamique) saoudien, qui a nourri directement l’idéologie d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique. Il a remarqué que tant les Etats-Unis que l’Arabie saoudite avaient autrefois utilisé l’idéologie religieuse comme outil politique dans la région, tout en ajoutant que c’est « une arme à double-tranchant, qui peut être utilisée par vous mais aussi contre vous ».

Le dernier accrochage d’Al-Hamad avec les autorités s’est produit en décembre 2012, lorsqu’il a été arrêté pour des tweets controversés (Raif Badawi a été arrêté plus tôt en 2012 et reste en prison). Les tweets incluaient : « Le néonazisme est en progression dans le monde arabe sous couvert d’islamisme » et « notre Prophète est venu rectifier la foi d’Abraham et il est temps à présent de rectifier la foi de Mohamed ». Plusieurs centaines de partisans saoudiens et de groupes internationaux comme le PEN Club ont exercé des pressions pour sa libération, tandis que les islamistes ont célébré et défendu son arrestation sous le hashtag #الزنديق_تركي_الحمد (Turki al-Hamad l’hérétique).[16] Il a été libéré quelques mois plus tard et tous les chefs d’accusation ont été retirés.

Al-Hamad a décrit le défi de l’idéologie extrémiste dans la région de la manière suivante : « La question est de savoir comment stopper l’Etat islamique. Nous ne pouvons pas le faire en le combattant, mais en asséchant la source dont il se nourrit. Je ne parle pas des sources financières ni des sources étrangères – ce n’est pas que nous devions trouver qui se tient derrière l’EI afin de le combattre. Je ne parle pas de chercher les sources financières de l’EI. Toutes ces choses sont certes importantes, mais les plus importantes sont les sources idéologiques. Les jeunes qui ont rejoint l’EI ont été attirés par la notion de martyre. Ils avaient une motivation religieuse extrémiste. Appelez-les des jeunes ‘fourvoyés’, ‘déviants’ ou comme vous le voulez, mais la vérité est qu’ils ont subi un lavage de cerveau grâce à ce discours et à cette idéologie. Afin de stopper l’EI, vous devez tout d’abord assécher cette idéologie à la source. Sinon vous couperez l’herbe, mais en laissant intactes les racines. Vous devez supprimer les racines. Ces racines sont dans les esprits des gens et nulle part ailleurs. »[17]

Turki Al-Hamad est un homme courageux et qui a des principes, mais il fait aussi partie d’un mouvement plus large d’intellectuels progressistes et d’activistes qui existe dans le monde arabe – et dont beaucoup vivent en Arabie saoudite – qui refusent d’être réduits au silence, de fuir dans le confort douteux de l’exil et qui continuent de se battre pour leurs idées, en dépit de la double menace de l’autoritarisme de l’Etat et de l’islamisme rampant et agressif. Ils sont cruellement surpassés et peu soutenus, mais ils existent et demeurent. Il leur manque en général le système de patronage et la culture subventionnée dont les islamistes ont profité pendant des décennies, mais ils persévèrent, même si les perspectives progressistes dans la région semblent plus éloignées de leur réalisation que jamais depuis le début du prétendu Printemps arabe.

Mais il y a aussi des gens qui écrivent leurs propres épopées et combats – pas ceux façonnés dans les salons et les ONG en Amérique et en Europe – dans un Moyen-Orient qui évolue, parfois apparemment vers le pire.

Nous pouvons et devons critiquer ouvertement et avec virulence de nombreuses choses concernant les Saoudiens, y compris la pléthore de violations grossières et trop fréquentes de la dignité et des droits de l’homme. Mais l’endroit où Turki Al-Hamad et de si nombreux autres habitent et combattent est plus large, sans doute, que nous ne le reconnaissons dans nos dénonciations abusives. Il est plus large et plus nuancé que les fous subventionnés et l’hypocrisie politique, que les nombreux défenseurs du salafisme intolérant et, même si l’heure est tardive, il n’est pas trop tard, et l’espoir demeure.

* Alberto M. Fernandez est le vice-président de MEMRI.

 

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